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Les Doms (76-80)
- Le 13/07/2024
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"T'as vu, François? La poste à l''américaine!"
Jour de fête
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Le Dom s’ignore… Prenons le Dom psy par exemple ! A priori, qu’il y ait des psys est une bonne chose ! De savoir que des gens peuvent écouter nos problèmes est plutôt rassurant ! Cependant, vous faites face à un Dom psy ! Qu’est-ce qui fait que le Dom psy s’ignore ? Mais sa domination n’est nullement contestée ! Au contraire, elle est renforcée par l’attitude soumise du patient, qui lui souffre, est rongé par l’inquiétude et qui attend du psy des réponses ! Le pouvoir du psy est alors évident, ce qui lui permet de prendre un ton compatissant, affable, voire joviale ! Le patient nourrit, rassasie sa domination, ce qui le rend aimable, à l’écoute, d’autant qu’il est payé pour ça !
Bien sûr, certains psys nient ce pouvoir ! Ils se montrent comme des compagnons de lutte du patient ! Ils sont eux aussi passés par le même cercle de feu ! Comme un exorciste, ils ressortiront eux aussi épuisés de l’épreuve ! Ils auront perdu du poids ! Ils seront en sueur, au moment où le patient « crachera » son traumatisme et en sera libéré ! Ils garderont leur sang-froid, au moment du transfert ! Ils se voudront encore rassurant, quand le patient baisera leur main de reconnaissance ! « Allez en paix, mon fils ! seront-ils capables de dire. Je n’ai fait que mon devoir ! »
Autant le dire tout net, tout cela est du pipeau ! du grand pipeau, comme l’analyse ou la psychothérapie que le psy aura lui-même suivi ! Croit-on vraiment qu’on se sépare de son orgueil ou de son égoïsme par la simple volonté, en s’offrant à un autre psy ? S’il y a bien une chose dont la seule raison est incapable de nous arracher, c’est bien notre domination ! Pour cela, il faut tout l’amour de la foi ! C’est toute sa force, c’est tout notre don qui permet de voir son ego partir au fil de l’eau ! Raconter sa vie, même des événements pénibles, est une promenade à côté ! Mais le Dom psy vit dans son petit monde, celui essentiellement de son cabinet, là où il est le maître, le chef ! Sa domination est donc intacte, même s’il croit l’inverse, à moins de tomber sur un saint égaré, qui frôle l’alcoolisme !
Le Dom psy rêve et dans son ignorance, il peut dire n’importe quoi ! Il peut développer n’importe quelle théorie ! Sur son nuage, il croit en sa science ! Il se targue d’être profond, insondable ! Et cela marche avec des patients doms, qui ma foi demandent surtout qu’on les écoute, ce qui les rassure, et qui au fond sont contents de parler d’eux ! Peut-on comparer le Dom psy à une prostituée, puisqu’on le paye en échange d’un peu d’amour ? Levée de boucliers, bien entendu ! Ces dames et messieurs sont tellement dignes ! Somme toute, ils font partie de l’élite ! Ce sont les observateurs amusés de leur époque, les sphinx sûrs de leur savoir ! Pourtant, à lire leurs livres, on les voit jouer aux billes, dans la cour de l’école, ou s’arracher les cheveux, avec des mines de garces !
Comment pouvons-nous être aussi affirmatif ? Mais la Lumière entre dans le cabinet et que voit-elle ? Mais le Dom psy réagit comme un Dom face à la lumière, c’est-à-dire qu’il la hait… et rêve déjà de la détruire ! La Lumière, nous le savons, est indifférente à la domination, mais cela ne veut pas dire qu’elle n’a pas peur en ce monde et qu’elle ne recherche pas du réconfort ! Cependant, le Dom psy a plusieurs sortes de réaction ! Il peut cacher complètement sa haine, son regard toutefois étant devenu soudain glacial ! Il va blesser la Lumière, ce n’est plus qu’une question de minutes ! La Lumière, elle, se demande comment elle va pouvoir sortir de ce traquenard ! Elle aurait mieux fait d’acheter Pif !
En coulisses, dans la tête du Dom psy, que ce soit un homme ou une femme, on aiguise les couteaux ! On rêve de « planter » la Lumière, de l’entendre gueuler pendant qu’elle se vide de ses tripes, puis de lui cracher dessus, avant de la jeter aux ordures ! Pensez ! Une domination ouatée, méprisante, snob, qui enlève la poussière de sa manche d’un air dédaigneux ! C’est une domination sous cloche, qui peut-être joue au golf, vu que c’est tendance ! Parfois, elle est tellement suffisante qu’elle ne reconnaît pas tout de suite la Lumière ! Il faut que celle-ci se montre un peu familière, qu’elle se mette au même niveau que le Dom psy, puisque ce sont tout de même deux êtres humains, et alors soudain le Dom psy hurle ! Il a vu une araignée et il veut l’écraser à coups de talons, le front en sueur ! La Lumière n’est pas digne de lacer les chaussures du Dom psy !
Le Dom psy s’ignore et il pourra se venger de la Lumière bien des années après ! Il lui gardera un chien de sa chienne, comme on dit ! C’est qu’une domination offensée n’oublie pas ! Et ça croit être passé par l’épreuve du feu, et ça croit s’être dépossédé, d’avoir connu l’inconfort, la pauvreté ? le chemin pierreux et désert de la foi ? les larmes de l’amour ? La Lumière comprend, il ne lui viendrait jamais à l’idée de se venger ! Dieu n’est pas une boîte à chaussures !
Mais ainsi va le Dom psy, sur son tapis volant, avec ses théories !
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La famille Dom n’aime pas la Lumière ! Elle en rit même ! C’est que la famille Dom ne connaît pas la peur ! Le monde extérieur n’existe pas pour la famille Dom ! Elle est blottie en elle ! Elle se serre les coudes, elle forme un clan ! Elle a sa propre domination, ses propres règles ! Elle a une enveloppe et c’est sa domination ! Voilà pourquoi la famille Dom ne connaît pas la peur et se rit de la Lumière, car celle-ci représente l’extérieur et la peur ! Hors de la famille Dom, forcément on affronte la peur ! On n’a plus d’enveloppe, ni de protection, on est un étranger parmi les étrangers !
La famille Dom trouve la Lumière ridicule, car elle-même ne connaît pas la peur et se croit courageuse, alors qu’elle ne quitte pas son monde, ses règles, sa domination ! La famille Dom se berce d’une illusion, sous le couvert que chacun y aime l’autre ! Et pourtant, la famille Dom n’aime pas la Lumière, qui lui fait peur ! La Lumière pour la famille Dom est synonyme de peur ! C’est le monde extérieur qui entre dans la famille Dom ! qui se croit sacrée ! qui vit dans sa petite enveloppe ! au chaud ! avec ses règles, sa domination !
La Lumière est l’étranger pour la famille Dom ! C’est le danger, l’élément nocif, l’ennemi qu’il faut détruire, écraser ! Pourtant, la famille Dom est invitée à grandir, elle aussi dans l’amour de Dieu ! Elle doit quitter sa domination ! s’ouvrir, perdre son statut de clan ! Mais la famille Dom se serre sur elle-même, comme une fleur qui ne veut pas s’ouvrir ! par peur ! La Lumière l’invite à la fête ! Mais la famille Dom se replie sur elle-même ! s’intoxique, désigne l’ennemi et lui fait la guerre ! La famille Dom combat la Lumière et se perd ! Elle n’est plus qu’une famille morte, faite de morts qui rient, avec des rires de morts ! La famille Dom est la nuit et ne s’en rend pas compte !
La famille Dom chasse la Lumière, car elle veut continuer à dominer ! La Lumière est pourtant la paix et ainsi la famille Dom ne connaît pas la paix ! La famille Dom voit la Lumière comme une calamité, une punition divine ! C’est que la famille Dom s’enchante de sa réussite ! de son aura, de son pouvoir, de sa situation financière, de sa bonne santé, de ses vacances, de la beauté de ses enfants, de leur intelligence ! La famille Dom se doit d’être irréprochable ! Elle parade, s’admire, juge, rejette, admet, sous la condition qu’on la voit comme supérieure ! La famille, c’est le clan, le fief !
La Lumière est laissée dehors ! Elle doit se débrouiller ! Incertaine, fragile, elle croise les loups et dort dans le froid ! La solitude commence ! La peur aussi ! La peur presse la Lumière comme un citron, maintenant que celle-ci est sans enveloppe, sans protection ! Celui qui sert la Lumière, qui l’aime, affronte le vaste monde, chassé par la famille Dom ! La Lumière pleure ! Elle a le vertige, la nausée ! Le doute la détruit ! Et si la famille Dom avait raison ? Et si le groupe avait raison ! Et si la Lumière était folle, égoïste, orgueilleuse ? Et si la Lumière devait supplier la famille Dom de la reprendre ?
L’errance de la Lumière est sans fin, sa solitude aussi, sa peur aussi ! Mais elle s’accroche ! La Lumière ne lâche pas ! La Lumière aime la Lumière, elle aime Dieu, la vérité ! Elle s’accroche ! Elle se relève de sa solitude ! Elle a traversé tous les anneaux de feu et chacun était nécessaire ! La Lumière se retrouve ! Elle voit sa paix ! La peur est là à ses pieds, comme un chien soumis ! La Lumière n’a plus besoin de la famille Dom ! Elle n’en veut plus ! La famille Dom est toujours pareille ! A-t-elle guéri sa peur, est-elle en paix ? Elle est toujours la forteresse, maintenant rongée par le lierre ! La mort est parmi elle et des oiseaux noirs croassent au-dessus d’elle ! Elle tombe en ruine ! Qui s’en souviendra ?
La Lumière donne ses fruits ! Elle fait rouler ses soleils ! Elle est la vie ! Elle est la source, le chemin ! Régale-toi, voyageur ! La Lumière est passée par là ! Elle a ouvert les yeux sur le monde ! Elle a quitté la famille Dom, au nom de son amour ! Prends ses diamants, voyageur, ils sont vrais ! La Lumière a affronté sa peur, pas la famille Dom ! Elle a fermé sa porte, mais elle ne s’est pas transformée !
Heureux celui qui est chassé par la famille Dom ! Heureux celui qui est seul, à cause de la Lumière ! Heureux celui qui marche au nom de la Lumière ! Heureux celui qui veut voir et ne pas dominer ! Heureux celui qui ne veut pas réussir, mais être pauvre dans la Lumière ! Heureux celui qui se réfugie dans la Lumière, qui se confie à elle, qui s’en remet à elle ! Heureux celui qui quitte la forteresse de la famille Dom ! Elle est vide à l’intérieur !
La famille Dom se réjouit ! Elle est au chaud ! Elle aime son confort, sa réussite, mais l’envie lui tord le visage ! Le poison de la haine coule dans ses veines ! L’orage gronde sur la maison de la famille Dom ! Heureux celui qui chante Dieu ! Il danse comme les feuilles !
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Revenons à la peur ! Le Dom et sa famille ne la connaissent pas vraiment ! Pourquoi ? Mais parce qu’ils sont dans la bulle de leur domination ! Ainsi, ils ne voient pas le mal qu’ils font et croient leur haine légitime ! La Lumière est connaissance, elle demande la perte de la bulle Dom ! Tant que le Dom est là, il ne voit pas l’autre comme un être à part, comme lui ! Il le voit soumis ou non à sa domination ! Si l’autre est soumis, il fait partie de la famille, du groupe ! S’il s’oppose, il est un ennemi, un traître, un étranger, une menace ! Dans les deux cas, le Dom reste dans sa bulle et l’autre n’a pas sa totale réalité !
La Lumière mue ! Elle perd sa peau de Dom ! C’est très inquiétant pour elle, car elle se sépare du groupe ! Elle ne peut pas faire autrement ! La domination, la haine, l’injustice du Dom l’écœurent, la font fuir ! La Lumière recherche la vérité et là voilà dans l’inconnu ! Cette séparation d’avec les Doms est forcément très perturbante et même très douloureuse, car c’est souvent quitter la famille, sa sécurité et son confort !
Le Dom, quand on le quitte, hait forcément, essaie de détruire ! Car on échappe à sa domination, à ce qui le nourrit et fait son monde ! La révolte du Dom peut-être atroce ou féroce, démesurée ! On le voit avec Poutine, qui voit l’Ukraine lui échapper ! Le Dom ne supporte pas l’échec ! Il prend le choix de la Lumière comme une injure personnelle ! Il fera tout pour la blesser, au lieu de se remettre en question et de comprendre ! Voilà pourquoi le Dom est étranger à la vérité et n’est pas l’avenir !
Mais la Lumière est nue, dehors ! Comment pourrait-elle ne pas avoir peur, d’autant qu’elle ouvre les yeux sur les Doms et les voit donc de plus en plus nombreux ! Comment pourrait-elle ne pas avoir le vertige, devant la naïveté et l’aveuglement des Doms ? Ceux-ci continuent de crier, de haïr, d’accuser le gouvernement ! La Lumière voit la tragédie du Dom, comment sa domination est sa prison ! Le Dom ramène tout à lui et s’use, reste malheureux, refait toujours les mêmes erreurs, ne se libère pas, mais la Lumière ne peut pas lui expliquer les choses, justement parce que le Dom est sourd à ce qui n’est pas sa domination ! Toute explication, pour l’aider, serait pris comme une diminution de sa personne !
Face à l’incompréhension et à un monde qui n’est pas le sien, la Lumière se trouve pauvre et désemparée ! Elle se demande qui elle est et peut s’affoler de son étrangeté ! Sa fragilité fait que toutes ses blessures se ravivent, en la déboussolant encore plus ! La tristesse l’envahit… Sans doute n’est-elle pas à la hauteur de la tâche ? Un long chemin qui paraît dans la nuit commence ! Pendant ce temps-là, le Dom triomphe ou continue son cirque ! Il écrase encore et encore le Dom, son semblable ! Combien ne travaillent toujours pas dans des conditions misérables, affreuses, sans respect pour eux ? Mais le Dom ne s’en rend pas compte ! Il piétine, parce qu’il est piétiné !
La peur ? La Lumière la connaît par cœur ! Il n’y a pas de vérité, sans connaître la peur ! Car on on peut pas guérir de la peur sans vérité ! Le Dom reste dans sa bulle et demeure donc aveugle ! La Lumière recueille la vérité, car elle ne se ment pas sur sa peur ! Elle voit que la vérité guérit sa peur et qu’elle est donc la vérité ! Il n’y a pas de meilleur test ! Tout faux remède n’y résiste pas ! La Lumière accueille la vérité, parce qu’elle est pauvre ! La domination empêche la vérité ! C’est une bulle contre l’extérieur ! La peur fait humble la Lumière, la rend docile, à l’écoute ! Mais le quotidien de la Lumière peut paraître absurde, tant les Doms ne changent pas et semblent avoir raison !
Puis, un jour, la Lumière marche sereine parmi les Doms ! Elle les connaît sur le bout des doigts et ils redoublent de haine à son endroit ! Ce n’est pas une surprise pour la Lumière ! Cela ne fait que confirmer que les Doms n’ont pour seul équilibre que leur domination ! que leur paix est factice, qu’ils n’ont pas de solutions, à part haïr ceux qui leur échappent ! La mue de la Lumière a bien eu lieu ! Sa maturation est certaine et inaltérable, car la Lumière n’a plus besoin de dominer ! Sa réussite et sa force sont ailleurs ! C’est Dieu qu’elle voit par ses yeux ! C’est son regard qu’elle possède ! C’est sa paix qui l’accompagne, au milieu des coups de dents et des grimaces !
Et comme la peur paraît loin ! La Lumière, de l’avoir vaincue, dressée, en est purifiée ! Elle en est grandie ! Rien n’est caché en la Lumière ! Tout est dissimulé chez le Dom, même son envie, même sa haine ! Si elle transperce, c’est malgré le Dom ! Et la Lumière passe, comme si elle venait d’ailleurs, d’une contrée lointaine et légendaire, sous les yeux stupéfaits des Doms, qui n’ont pourtant qu’à puiser en eux-mêmes ! qui sont aussi la source, s’ils le veulent ! Car chacun peut accueillir la Lumière, la demander, la chercher ! Mais encore faut-il que le Dom s’interroge, qu’il arrête de haïr, qu’il devienne humble et pauvre, aimant ! La Lumière le remplira !
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Plus la Lumière est en vous et plus le Dom craint votre regard ! La Lumière qui est en vous sort de vos yeux : c’est toute votre façon de voir le monde qui a évolué avec la Lumière ! C’est tout ce que vous êtes qui est constitué par la Lumière ! Or, la Lumière est vérité, elle n’a rien à cacher ! Ce que vous êtes a été éprouvé ! Vos tristesses, vous ne les avez pas fuies ! Votre mal-être, vous ne l’avez pas enfoui, au profit de votre domination ! Vous vous êtes offert à la Lumière, c’est-à-dire à la réalité ! Nulle domination ne vous a servi pour étouffer un problème ou un obstacle ! Toutes les récriminations des Doms, toutes leurs questions, tous leurs arguments, vous les avez examinés, car vous avez été pauvres, sans amour-propre, sans rang social, sans triomphe !
C’est la soif de l’ego, sa soif de vaincre et de s’imposer, qui maintient le Dom dans sa bulle et le fait ignorer ou rejeter la Lumière ! C’est la domination, la peur de perdre, qui font que le Dom ne s’offre pas à la Lumière, ce qui fait que sa peur et ses ambitions demeurent obscures ! C’est cette partie, demeurant dans la nuit du Dom, qui craint la Lumière de votre regard et qui tressaille à ce contact ! Le Dom cherche à éviter la Lumière, car il a l’impression d’être sondée par elle ! Il ne peut pas s’empêcher de se fermer et ainsi il reconnaît malgré lui le pouvoir de la Lumière et même son existence !
Mais le Dom n’a rien à craindre de la Lumière, puisqu’elle ne veut pas dominer ! Elle ne cherche pas à supplanter le Dom ! La Lumière est justement la Lumière, car elle ne veut pas dominer ! En cela, elle est pure ! Elle n’est faite que d’amour, même si le « porteur » de Lumière reste un être humain sensible et capable de se défendre ! Le Dom n’a donc rien à craindre de la Lumière et pourtant il ne peut s’empêcher de se garder d’elle, de se défendre contre elle ! C’est plus fort que le Dom ! C’est sa « nuit », ce qui est caché en lui, ce qu’il ne traite pas en lui, ce qu’il refoule qui se cache de la Lumière !
Nous l’avons déjà dit, il existe pour le Dom des centaines de techniques, qui lui permettent de se défendre contre la Lumière ! Des Doms ont des techniques d’évitement, de leurres, qui leur sont habituelles, qu’ils utilisent chaque jour, qui font partie d’eux-mêmes, au point qu’ils ne s’en rendent plus compte ! Comment pourraient-ils vivre en paix, s’ils sont toujours sur le qui-vive, prêts à faire fonctionner ce que l’on peut considérer comme des armes ! Pourquoi ne cherchent-ils pas plutôt la vérité, quelque chose de sûr, qui les guérirait absolument de leurs peurs ? Pourquoi se contentent-ils de cette position instable, entre la nuit et la Lumière ?
Il existe encore chez le Dom le fameux masque de cire, impassible, dur comme la pierre, qui semble proclamer que la Lumière n’existe pas, puisqu’elle est sans effets, le masque d’impassibilité en témoignant ! Là encore, que d’efforts pour lutter contre la Lumière, pour nier son existence ! Ce masque finit par se graver sur le visage et le Dom ressemble alors à un mort figé dans la colère, le déni, le dégoût ! Le Dom vieillit vite, pas la Lumière ! Ce masque est un mur, qui amuse souvent la Lumière ! Car au fond personne n’est dupe ! Le Dom est bien en guerre et ne connaît pas la paix ! Le Dom, au masque de fer, est bien malheureux !
Pourquoi ne se tourne-t-il pas vers la Lumière ? Ah ! Mais c’est que le Dom a pris des coups et maintenant, il veut montrer qu’il sait aussi en donner ! On ne l’aura pas deux fois ! Il tient à faire valoir son importance, c’est aussi un caïd ! Très bien ! C’est un grand garçon, un homme que dis-je ! Et alors ? Est-il heureux ? Pourquoi ne pas déposer là le fardeau de son ego et aimer la Lumière, qui rend léger ? Parce que le Dom est dur ! La Lumière semble lui demander d’être mou, de se « coucher », de s’abaisser et il n’en est pas question ! Pourtant que voit-il ? La Lumière paraît-elle sans force, perdue, sans rayonnement ? Non, la Lumière lui paraît au contraire supérieure, libre, heureuse ! Alors, pourquoi ne pas se tourner vers elle ? Par peur ?
La femme Dom semble d’abord moins hostile à la Lumière, car elle veut d’abord séduire, alors que l’homme Dom veut d’abord montrer sa force ! La femme attire et promet du plaisir ! de l’amour ! loin de la guerre apparemment et de l’égoïsme ! Mais c’est pour elle-même que la femme Dom attire, non pour aimer la Lumière ! C’est pour avoir le pouvoir sur l’homme que la femme séduit ! C’est pour que l’homme chante sa gloire et lui soit soumis ! C’est pour que son ego soit le centre d’intérêt de l’homme ! Ainsi la femme fait valoir ses ambitions, à travers l’homme, qui devient l’outil de son ego ! Ce n’est pas le chemin de la Lumière ! qui ne cherche pas de maître, qui ne veut pas se dissoudre, qui ne veut pas flatter, moyennent du plaisir, qui veut voir tous les autres, qui ne fait partie d’aucun clan !
La femme qui suit la Lumière ne veut pas sa propre gloire ! Elle ne veut pas séduire pour asservir, pour dompter et commander ! La femme qui aime la Lumière sert la Lumière, lui donne toute sa force par sa bonté et sa charité ! C’est la douceur féminine, son don, sa passion qui servent la Lumière, par amour pour elle ! La femme qui aime la Lumière ne cherche plus à exercer son pouvoir de séduction, elle n’en mesure plus son ego ! La femme qui aime la Lumière rayonne et séduit et attire de toute façon, tant le pouvoir de la Lumière est grand ! Mais ce n’est plus une séduction dirigée vers l’ego !
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C’est le Dom qui fait de la vie un désert ! Le Dom est comme un voleur au coin d’un bois ! A peine voit-il un passant qu’il essaye sur lui l’effet de sa force ou de sa séduction ! C’est une manière de prendre et non de donner ! C’est une manière d’assécher les autres ! La Lumière, n’ayant pas besoin de dominer, ne prend pas, mais elle donne sa paix, sa tranquillité ! Le Dom s’épuise et épuise ! Bientôt, il montre toute sa colère et sa haine, s’il reste insatisfait, et comment alors pourrions-nous trouver agréable de nous côtoyer ?
Le Dom dévore et nous dévore ! comme il dévore la planète, car nous détruisons la planète, c’est un fait ! Le Dom constitue un flux constant qui demande, meurt de soif et qui croit que c’est sa supériorité qui va étancher sa soif ! Grave erreur ! La satisfaction donnée par la domination disparaît aussitôt, comme de l’eau jetée sur du sable, et il faut de nouveau subir, essayer de prendre ! C’est incessant ! La peur talonne à nouveau ! La haine est sortie, elle renifle, accuse, pèse, se sent prête à frapper, veut sa proie ! On s’ennuie, on parade, on pleure, on gémit, on se réjouit du mal ! C’est consolant !
Comment dans ces conditions ne pourrions-nous pas être sédentaires ? Nous prenons des coups dès que nous sommes dans la rue ! Nous n’avons pas d’égards, ni de respect ! Nous ne savons pas nous voir ! Dans notre désarroi et notre hypocrisie, nous rêvons d’une autre société, nous accusons les étrangers, les capitalistes ! Nous sommes prêts à croire les populismes, les extrêmes ! Nous voulons plus d’ordre, nous imaginons une vie où tout serait contrôlé, d’où la différence serait bannie ! Nous avons la vue courte, car nous sommes les premiers qui devraient changer !
Parfois, la Lumière voudrait être plus disponible ! donner ici et là de son attention, pour calmer le Dom, lui faire comprendre qu’il compte lui aussi, ce qui apaiserait son ego, le rassurerait ! Mais le Dom est tout de suite agressif ! Il cherche tout de suite à sentir sa supériorité ! Il rend l’air irrespirable ! Il faut immédiatement se défendre du Dom ! Tenir debout devient une véritable épreuve ! Le Dom arrache un bout de Lumière à chaque fois ! Le Dom est assoiffé, répétons-le, mais sa domination ne peut pas l’aider ! On a l’impression qu’il n’apprend rien !
Nous le savons, plus la situation est difficile (par exemple sans soleil) et plus le Dom est virulent, car il angoisse et cherche davantage à dominer ! Mais plus il domine et plus la situation se durcit et devient difficile, et donc plus le Dom se montre haineux et virulent, et ainsi de suite ! C’est généralement dans cette escalade que le Dom chute ! se blesse, panique, a la grande peur de sa vie ! C’est là qu’il prend un « coup » en pleine poire (un Dom plus méchant l’écrase de son mépris par exemple), qui le marque à jamais ! C’est là que le Dom est l’objet d’une déception qui le terrasse, le démolit ! C’est là que son visage change sans remèdes, qu’il devient noir autour des yeux, que le dos se voûte, que les joues ont l’air d’avoir été battues, que le Dom semble partir en morceaux !
Il n’est plus le même, il ne marche plus que sur trois roues, il grimace, etc. ! Mais croyez-vous que quelque chose aura pénétré son esprit, qu’il aura mesuré un tant soit peu les méfaits, les limites de son égoïsme ? qu’il en aura conclu qu’il faut qu’il soit plus doux, plus attentif, qu’il aura compris qu’on ne peut pas suivre seulement la route de sa domination ? Non, le Dom n’a pas reçu le message ! A peine bénéficiera-t-il d’une éclaircie et se sentira-t-il un peu mieux que le voilà de plus belle à cheval sur sa domination, comme s’il se vengeait de sa précédente inertie et que l’égoïsme était le phare éclairant le monde ! La Lumière n’en revient pas ! elle qui réagit au moindre souffle, qui recueille la sagesse comme une herbe la rosée !
Le Dom avale et de nouveau tend la bouche, comme s’il ne s’était rien passé ! Certains Doms sont impossibles à satisfaire ! On ne peut les rassasier ! Si vous allez au fond d’eux-mêmes, il n’y a qu’un gouffre béant dépourvu de sens ! C’est une plainte horrible et une haine continuelle ! Dix mille Jésus pourraient se sacrifier, ça n’y changerait rien ! Comment en arrive-t-on là ? Il n’y a pas de blessures particulières ! Inutile d’y verser de l’amour, c’est un braillement absurde ! une sorte de rage sur pieds ! Qui sont ces monstres ? ces malades ? Ce sont de véritables machines, sans âme !
Notre époque est féroce, car nous nous mentons à nous-mêmes ! Le premier mensonge est le suivant : nous vivons pour travailler, ou plutôt le travail passe en premier, car il faut gagner sa vie, etc. ! Mais il n’y a rien de plus faux ! Faites-en l’expérience ! Demandez à un guichet quelque chose, faites une démarche administrative, soyez pour n’importe quoi solliciteur et vous allez voir le Dom ou la Dom se dresser sur votre route ! Votre demande est objective, logique, mais pas le Dom ! Pour obtenir ce que vous voulez, vous allez devoir montrer que le Dom a du pouvoir sur vous, que vous lui êtes soumis, que vous reconnaissez sa supériorité ! Sinon ? Vous êtes cuit ! Vous n’aurez rien, à part des problèmes ! Si vous ne plaisez pas au Dom, vous allez en baver, jusqu’à demander pitié, jusqu’à ce que le Dom vous ait dressé !
Alors, qui vient en premier ? notre travail ou nos sentiments ? Ce sont nos sentiments bien entendu ! Nous sommes tout sauf professionnels ! Mais nous disons le contraire et le Dom ne voit pas pourquoi il évoluerait !
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Les Doms (71-75)
- Le 06/07/2024
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"Les trois Ford devant! hein? Ford, Ford, Ford!"
Le Mans
71
Une délégation de Doms se rend auprès de Dieu ! Chaque Dom est endimanché bien entendu, pour montrer son respect, et arbore un air fier, car il a une famille, avec une femme, et il travaille et paie des impôts ! Il est un citoyen modèle et va à la messe chaque dimanche, pour rendre ses devoirs au divin, avant de sourire à son prochain, qui lui aussi sort de l’office, avec le même rang social !
Évidemment, devant Dieu, la délégation est un peu tendue, car Dieu n’est pas n’importe qui, et l’un des Doms tripote son chapeau, gêné, quand un autre ne quitte pas des yeux ses souliers ! Mais, enfin, le chef se racle la gorge et prend la parole, en s’adressant à Dieu : « Seigneur, dit-il, nous sommes venus te voir, car rien ne va plus !
_ Vraiment ?
_ Oui, toutes les valeurs, que tu nous a données, sont piétinées ! La femme est l’homme et… vice-versa ! Nos enfants nous parlent de choisir leur sexe et nous ne savons plus quoi leur répondre ! Dans le même temps, des étrangers envahissent nos rues, nous injurient et menacent nos filles ! Nous ne pouvons plus rester les bras croisés ! Nous devons réagir !
_ Mais j’ai toujours vu la différence comme une richesse ! Elle est là pour témoigner de ma profusion, de ma gratuité ! Et elle vous nourrit aussi, de même qu’au-dessus de la mare, vous trouvez toutes sortes d’insectes !
_ Mais, Seigneur, nous ne mangeons pas les étrangers !
_ Ils vous nourrissent dans le sens où ils ont une autre culture, d’autres points de vue, auxquels vous vous confrontez, ce qui élargit vos idées !
_ D’accord ! Mais là, trop, c’est trop ! Et puis, ils sont sales ! Ils vendent de la drogue, règlent leurs comptes, au nez et à la barbe de la police ! Où est notre pays ? Il fut un temps où chacun respectait son voisin ! On savait se tenir, on connaissait les règles et votre message régnait sur nous !
_ Il y avait encore des géraniums aux fenêtres ! s’écrie un Dom.
_ On était en sécurité ! renchérit un autre.
_ Il est inutile que je vous prouve que vous fantasmez le passé ! répond Dieu. Vous n’étiez pas plus heureux quand vous étiez entre vous ! Et mon nom vous était tout autant étranger !
_ Oh ! Seigneur !
_ Mais allons de l’avant ! Que désirez-vous ?
_ Mais…, mais des armes pour nous défendre ! Des uniformes pour nous équiper ! Si la police est inefficace, nous formerons des milices ! Nous ferons régner l’ordre !
_ Et qui surveillera votre violence ? Qui empêchera vos débordements ? Vous savez comme moi que : qui vit par l’épée, périra par l’épée !
_ Mais c’est pour préserver vos valeurs que nous ferons cela ! pour que nos familles, nos enfants chantent votre nom, votre gloire !
_ Oui, Seigneur, crie un Dom, nous serons vos soldats !
_ Bande d’hypocrites ! Dites plutôt que vous voulez en mettre plein la vue aux étrangers ! que vous voulez leur rappeler qui est le maître et combien vous êtes forts et puissants !
_ Seigneur, votre manque de confiance en nous me peine sincèrement, vraiment…
_ Mais c’est justement de votre confiance dont j’ai besoin ! de votre foi ! Vous me croyez donc incapable de me défendre tout seul ? Vous croyez que pour ma gloire j’ai besoin de vos milices ?
_ Non, non, bien sûr que non !
_ Moi, ce qui m’intéresse, c’est votre amour ! C’est lui qui vous fait plus grand que les animaux !
_ Comment ça ?
_ Qu’est-ce que vous faites de plus que les animaux, quand vous défendez becs et ongles votre territoire ? Ils en font autant chaque jour ! Et comment pourriez-vous prétendre me faire confiance, avec des armes et en treillis ?
_ Alors c’est non ?
_ Bien sûr que c’est non ! Aimez en toute humilité ! Livrez-vous à moi ! »
Sur ce refus, la délégation s’en va, déçue et chacun murmure… « Il a pris un sacré coup de vieux ! dit l’un.
_ Ouais, il n’est plus ce qu’il était !
_ C’est un rêveur, un idéaliste ! Il n’a aucun sens des réalités !
_ Moi, c’est bien simple : je me suis retenu tout le temps, pour ne pas le gifler ! »
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Évidemment, nos villes sont créés par les Doms, leur stress et leur angoisse ! Les villes sont le reflet de nos peurs… et de notre orgueil ou de notre domination, dans le sens où ceux-ci servent justement comme remèdes à nos peurs, parce que nous n’en voyons pas d’autres ! Prenons un maire plein d’ambitions par exemple… Combien de chantiers il lui faudra, dans sa ville, pour qu’il se sente utile et qu’il s’apaise ? Ce n’est que quand toutes les rues ressemblent à celles de Marioupol sous les bombardements russes, que le maire a le sentiment que les choses avancent ! Peu importe que ses concitoyens aient l’air de combattants dans les tranchées, puisque c’est pour leur bien ! Ils remercieront le maire plus tard, au nom de la modernité !
Si jamais toutefois, perdu et couvert de poussière, abruti par la bruit et le stress, on se met à contester cette véritable débauches de travaux, ce capharnaüm permanent, on se retrouve devant un mur, un seul argument et qui dit que c’est nécessaire ! Le nouveau pont, les nouvelles canalisations, le nouveau stade, les nouvelles tours ? Tout cela est nécessaire ! Il n’y a pas à revenir là-dessus ! Chiffres à l’appui ! Comment on faisait avant ? Ne posez pas de questions idiotes ! Le mur de la nécessité vous écrase et vous vide !
Pourtant, vous êtes sûr que le maire est un être humain, avec des sentiments, tout comme vous, qu’il connaît aussi vos questions existentielles et vos angoisses ; mieux, vous savez que c’est un Dom, qui se soulage par la domination, le contrôle qu’il a sur les choses et qu’il est dépourvu de la plus simple sagesse ! Le seul sens qu’il donne à sa vie, c’est le pouvoir et vous en pâtissez ! à tous les niveaux d’ailleurs, car le stress du maire passe dans ses employés et les ouvriers de ses chantiers ! C’est une catastrophe en chaîne ! Il ne vous reste plus qu’à prendre votre casque et à éviter les bombes, pour aller acheter du pain !
Bien entendu, le trafic des Doms ajoute au chaos ! Toute la rage du Dom se transmet à sa voiture, qui rêve de vous scier les méninges et de vous traîner jusqu’au prochain feu rouge ! Le Dom détruit le Dom et vous-même, par conséquent ! Là encore, si vous arrêtez le Dom du trafic, il circule à cause de la stricte nécessité ! Il bosse, qu’est-ce que vous croyez ! Impossible de faire valoir votre doute ! C’est l’enfer de toute façon et vous êtes obligé de crier ! Toutefois, le Dom ne pourrait-il pas conduire plus relax, plus doucement ? Ne se sert-il pas de sa voiture comme d’un remède contre le stress, en s’excitant dessus ? Ne voudrait-il pas être heureux ?
Impossible de calmer le trafic ! Il vous ronge, vous lamine, au nom de son hypocrisie ! Et puis, il y a ceux qui passent avec de la musique à fond ! Cerise sur le gâteau ! Ceux-là sont persuadés que les autres les jalousent, en les voyant si cool ! Et puis, il y a votre chef au travail, qui se nourrit de sa position dominante et qui a repéré chez vous des velléités d’indépendance, un certain mépris à son égard, vu son inefficacité ! Celui-là vous veut à sa botte ! Il veut vous mater et le cauchemar commence, car il n’aura de cesse tant qu’il ne vous aura pas brisé ! Bien sûr, il vous fait peur, vous menace du licenciement, jouit de votre désarroi, se moque éperdument de vos efforts, pour lui plaire, car sa joie, c’est de vous voir souffrir, ce qui prouve son contrôle, sa supériorité ! Celui-là vous pousse au suicide ou au meurtre !
Chaque jour, vous devez affronter le Dom qui vous sert de chef et cela vous rend malade, vous enlève toute force, tout espoir ! Alors, bien sûr, vous rêvez ! C’est d’ailleurs cela qui vous fait tenir ! Vous avez une destination de vacances ! Vous avez trouvé un havre de paix ailleurs, un site paradisiaque, au bord d’un lagon de cristal, ou caché dans le plus profond d’une campagne, quiétude garantie ! Et le jour J, avec votre compagne, vous laissez toute cette boue derrière vous ! Adieu les chantiers délirants, le chef sadique, le trafic funeste, la situation politique désastreuse ! Vous allez pouvoir souffler, prendre le temps, rester détaché quoi qu’il arrive !
Pourtant, il est arrivé quelque chose ! Vous étiez parfaitement serein, vous profitiez pleinement de vos vacances, et pourtant il y a eu ce type là-bas, que vous ne connaissez pas et qui vous a regardé d’une drôle de manière ! ou bien il y a eu cette femme à l’accueil de l’hôtel, à la caisse de l’épicerie, qui…, oui, qui vous a traité comme un chien, ni plus ni moins ! Elle vous a écrasé de tout son mépris… et maintenant vous comprenez que l’homme de tout à l’heure, lui, a tenu à vous transmettre toute sa haine, alors qu’il vous est inconnu, et le poison de sa haine fait de l’effet seulement à présent ! Vous êtes blessé même pendant votre repos, alors que vous vous étiez juré de ne pas vous énerver, de relativiser toute la bêtise du monde !
C’est que le Dom ne lâche rien ! Il vous voit heureux, libre, sans que vous vous occupiez de lui ! Vous passez sans même le remarquer ! Il s’étrangle ! Vous lui causez de l’angoisse ! Co… comment, un monde existerait sans lui, dont il ne serait pas le chef ? Le Dom va-t-il se remettre en question ? chercher une nouvelle spiritualité, se demander le secret de votre bonheur ? Bien sûr que non, le Dom choisit de vous haïr, de vous détruire en fait, dans les limites de la loi ! Voilà son œuvre ! Est-il heureux, a-t-il des solutions à proposer, pour que chacun vive mieux ? Non, il hait et trouve cela parfaitement normal ! C’est son immonde bêtise, car il mourra comme ça ! On n’échappe aux Doms, il vaut mieux le savoir ! Les vacances, c’est bon sur le papier ! Comme il a été dit : « Le Fils de l’homme n’a pas d’endroits où reposer sa tête ! »
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Comment le Dom pourrait ne pas haïr ? Chacun a peur, la vie est difficile, nous sommes souvent la proie de l’angoisse, la situation mondiale est inquiétante, les prix augmentent toujours, etc. ! On sait que, si on tombe, ce sera terrible, il n’y aura personne pour nous relever ! Le climat est déréglé, nous allons vers des catastrophes ; quand ce n’est pas la canicule, c’est le froid et la pluie ! Où sont les beaux étés inoffensifs ? Les démocraties encore sont en danger ! Certains états, comme la Russie, ont plongé dans la nuit ! La première puissance mondiale, les USA, peut devenir le jouet d’un délinquant débile, moins raisonnable qu’un enfant de six ans !
Et puis, surtout, il y a cette immense bêtise du Dom, qui n’en démord pas, qui a ses ennemis, et qui, pour soulager ses peurs, a recours au nationalisme, au repli sur soi, etc. ! Pour le Dom, tout, absolument tout, même la dictature, tout pour ne pas se changer soi-même ! Comment alors pourrait-il ne pas haïr, puisque c’est lui qui doit exister, s’imposer, qui n’a même pas l’idée de se remettre en question ? On lui doit des comptes ! Comment pourrait-il ne pas vous haïr, quand il vous voit libre et heureux, indifférent à son cinéma ? C’est lui l’alpha et l’oméga, et vous passez près de lui, comme s’il n’était rien ! Et de fait, il n’est pas grand-chose à côté de l’éclatant soleil de ce pissenlit ou devant la blancheur immaculée de ce goéland ! L’homme n’est beau et grand que traversé par la lumière ! Son égoïsme est hideux et médiocre !
Le Dom ne cherche pas, il ne fait pas d’efforts ! Il fut un temps pourtant où on lui murmurait que Dieu le regardait et qu’il devait se méfier de ses péchés ! Il était conduit à s’améliorer d’abord lui-même, avant de condamner les autres ! C’était la bonne voie et d’abord la voie du bonheur, car elle menait non à se refouler ou à se détruire, mais bien à la paix, à la tranquillité ! Mais le message a été réduit à des règles, s’est perdu et au fond est rarement compris ! Il faut le renouveler régulièrement, lui redonner toute sa force, le réexpliquer dans tout son infini ! C’est ce que nous allons faire…, mais, évidemment encore, les mouvements sociaux, la science, les chantres de la seule raison, au nom de la justice sociale ou de notre liberté, ont combattu naturellement tous les dogmes et le message religieux a été tourné en dérision, qualifié de conte pour enfants !
C’est pas plus mal et c’est inévitable ! La religion traîne ses idées fausses et il faut la liberté, pour retrouver la simplicité et la richesse de la foi ! Mais encore faut-il reconnaître que le seul résultat aujourd’hui est le triomphe de l’égoïsme, que nous ne savons pas vivre, que les idéologies sociales sont stériles, que la science est impuissante, que toute seule elle reste incapable de répondre à nos questions et que maintenant notre temps semble compté, etc. ! Déjà cette lucidité est empêché par le Dom dans tous les domaines et à tous les degrés de pensées, même chez les intellectuels ! Le Dom peut avoir les meilleurs diplômes ! Et le Dom prend Dieu pour un imbécile ou un père fouettard !
Quel est le secret de la foi ? Jésus le livre, ravi par cette révélation : « En vérité, je vous le dis, celui (ou celle) qui n’est pas comme un de ces petits n’entrera pas dans le royaume de Dieu ! » ou « Je vous remercie, Père, de montrer la vérité aux enfants, quand vous la cachez aux savants ! » Pourquoi prendre l’exemple de l’enfant ? Parce qu’il vit dans la confiance qu’il donne à ses parents ! Ainsi vit celui qui aime Dieu : il a confiance en Dieu, comme l’enfant a confiance en ses parents ! Il ne s’agit donc pas de se détruire, de commander, de rejeter ou de haïr, de se méfier ou d’avoir peur, parce qu’on a confiance ! Cela paraît extrêmement simple, mais c’est aussi ce qui est le plus difficile, surtout avec cette peur autour, mais encore cette conquête du pouvoir, cette soif de l’orgueil du Dom !
Inutile de dire que, dès que vous êtes préoccupé par votre rang social, par votre réussite, votre domination, que dès que vous avez de la haine, parce que votre ego est bousculé, vous n’avez plus confiance ! Vous n’êtes plus un enfant, mais un Dom ! C’est aussi simple que cela ! L’enfant est l’antiDom ! De même, comme l’enfant échappe au Dom, il est condamné par lui ! Jésus est mis en croix par le clergé de son temps, car le Dom religieux impose ses règles, ce qui témoigne qu’il n’a pas confiance, qu’il n’est plus l’enfant !
De même que l’enfant attend que ses parents lui donne à manger, etc. ! celui qui aime Dieu s’attend aussi à ce que Dieu veille à ses besoins ! C’est la confiance et l’enfant en Dieu verra bientôt qu’il est mené vers tout autre chose que la réussite matérielle, qu’elle ne lui est même pas nécessaire, mais c’est la joie, la paix qui sont les boussoles ! Qui voudrait vivre comme un Dom, avec de la haine dans le cœur ? Quelle fatigue, quel tourment ! Alors que tout le monde autour crie, s’inquiète, devient agressif, se perd, l’enfant en Dieu, lui, reste serein : il a confiance et sait que sa nourriture arrive, la seule qui rassasie !
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La Lumière connaît le Dom, nullement l’inverse ! La Lumière connaît tous les Doms ! Elle les voit venir, elle connaît tous leurs comportements ! Elle sait pourquoi ils agissent ainsi, quelles sont leurs motivations ! Elles connaît tous leurs degrés d’évolution, à quel stade du Dom ils sont ! Elle s’en amuse, ou s’en chagrine, ou s’en agace, mais elle ne hait pas, car elle sait pourquoi, elle n’est pas surprise !
La Lumière est libre, nullement le Dom ! La Lumière est libre, car elle est lucide, clairvoyante, car elle est la Lumière ! La Lumière est libre, car elle est détachée de son ego ! et donc de ses peurs et de sa haine ! La Lumière est libre, car elle ne demande rien ! Elle est heureuse avec Dieu ! Elle se nourrit du sens de ce qu’elle voit, de la beauté des nuages et des fleurs ! En quoi la haine la concerne-t-elle ?
Le Dom, lui, ne connaît pas la lumière ! Quand il la voit, il s’écrie : « Comment ? Qu’est-ce que c’est qu’ ça ? Personne ne m’en a parlé ! Je suis pourtant chef de quartier ! J’occupe un poste éminent, je suis quelqu’un d’important ! J’ai pas mal d’argent, je vis à l’aise et je connais le maire et même le préfet ! Et on vient là sans me rendre hommage, sans se préoccuper de ma personne ! Intolérable ! Il y a un code, des règles ! On ne doit pas passer comme ça, sans me saluer, sans reconnaître combien j’ai de la valeur ! »
Le Dom hait la lumière ! Car elle ne salue pas le Dom ! Car elle montre qu’il y a infiniment plus grand que lui, ou elle ! La Dom, elle, se met en colère ! Comment ? Sa séduction ne fonctionne pas ! Son corps met pourtant à genoux tous les hommes qu’elle rencontre ! Elle sait les mater, les faire baver ! Elle porte un collier d’or et fait claquer ses talons ! Elle sait transmettre le désir et elle n’a plus qu’à conduire le troupeau ! La Lumière lui résiste ? Ben, ça alors ! Encore un frustré ! Mais la Lumière ne veut pas de l’esclavage, même celui de la sensualité ! Elle n’a pas peur, elle ne recherche pas un refuge ! Elle veut l’espoir, la vérité ! Elle ne veut pas du mensonge, ni de la lâcheté, ni des idoles de la médiocrité !
Le Dom ne sait pas vivre ! Il s’ennuie, agresse et mord ! Il aime avant tout parader ! Quand il est dictateur, il adore les parades militaires, symboles de sa force, de son pouvoir ! Il aime plus que tout sa vitrine ! C’est sa raison de vivre, il en raffole ! Il adore les conventions et la Lumière vient tout déranger, tout bousculer ! La Lumière se moque du Dom ! Elle ne marche pas dans « sa combine » ! Le Dom essaie donc de la détruire ! Il faut que la Lumière rentre dans le rang ! qu’elle adopte le mensonge du Dom ! En Russie notamment, on tue la Lumière sans sourciller, ou on la laisse moisir en prison ! Elle n’est qu’un obstacle qu’on écarte ! Or, le Dom et son mensonge ne sauraient être l’avenir !
La Lumière connaît tous les Doms ! Elle les voit venir, les évite, s’en amuse, s’en chagrine, s’en désespère, s’en agace ! Cela dépend de la fatigue de la Lumière et de la violence du Dom ! Mais jamais la Lumière ne hait vraiment : elle comprend le Dom ! L’inverse n’est pas vrai ! Le Dom est toujours surpris par la Lumière ! Il ne cherche pourtant pas à savoir ce qu’elle est, ni si on peut l’acquérir ! Le Dom veut de l’amusement ! Il se croit tellement important qu’on lui doit des comptes ! Heureux le serviteur de la Lumière, qui est anéanti dans le désert ! Celui-là tue le Dom en lui ! Il se dépossède, se purifie, s’abandonne, aime ! Celui-là est pauvre et rit du Dom, qu’il trouve ridicule !
Le Dom a-t-il faim, soif ? Est-il terrassé par la maladie ? Non, le Dom a l’égo qui souffre ! Il vit un enfer, à cause de son ego ! Que ne se débarrasse-t-il pas de son ego ? Heureux celui qui a vu son ego mourir ! Il est aimé de Dieu ! Heureux celui qui s’incline et qui se vide ! Il sera rempli ! Il chantera parmi les fleurs, la plus grande gloire de Dieu ! Il rira de sa tristesse ! Il verra la prison de l’ego, où crie le Dom, parce qu’il se croit lésé !
Heureux celui qui voit les Doms ! Il est libéré de son ego ! Il ne fait pas le mal ! Il ne hait pas ! Le Dom connaît-il l’hiver ? La Dom connaît-il la soif ? l’abandon, la misère ? Le Dom a-t-il demandé pitié au Ciel ? Le Dom vit dans le luxe, l’amusement, même s’il se dit pauvre ! C’est son ego qui est riche, qui vit dans le confort, qui veut détruire à la moindre injure, à la moindre critique ! Le Dom connaît-il la soif ? A-t-il vu son ego mourir ? Le Dom est un nanti, car la haine est un enfantillage !
La Lumière reconnaît le Dom, c’est l’état le plus facile ! Le Dom grince des dents devant la Lumière ! Il se demande comment l’abaisser, l’humilier, comme si la Lumière n’était pas pauvre, comme si elle pouvait craindre le ridicule ! La Lumière est pure ! Elle ne demande rien, ne veut rien ! Elle est contente d’exister ! Elle ne cherche pas à nuire, ni à supplanter ! Pourquoi le Dom ne suit-il pas son exemple ?
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Le Dom croit toujours que « ça va le faire » ! Autrement dit, il croit que, puisqu’il gagne sa vie, paie ses impôts, obéit aux « devoirs » de la société, il va pouvoir être heureux, en paix, en sécurité, d’autant qu’il a cotisé pour sa retraite ! Voilà la naïveté, l’égoïsme du Dom ! Évidemment, les choses ne se passent pas comme prévu ! Le Dom broie, écrase, piétine le Dom, car il se nourrit de sa domination, et voilà le Dom malheureux ! Le voilà plaintif, perdu, à cause de lui-même, de son semblable ! Le Dom reconnaît-il chez lui l’égoïsme de l’autre, qui lui fait si mal ? Non, le Dom se croit exempt de cet égoïsme-là ! Lui-même ne se nourrit pas de sa supériorité, de son rang social, de sa réussite, qui demande bien entendu qu’on méprise l’autre ! Pourquoi le Dom ne reconnaît il pas sa domination, sa soif de pouvoir, ne voit-il pas chez lui les défauts dont il a horreur chez les autres ?
Essentiellement par hypocrisie, par orgueil ! Le Dom ne saurait être avide, méprisant ou méchant ! Il a une toute autre idée de lui-même ! Il a tellement d’orgueil qu’il se croit meilleur ! Il développe même une paranoïa ! Si on le critique, on lui en veut ! On cherche à le détruire ! Le Dom est une tour de feu, avec plein de canons ! Impossible de lui faire regarder le miroir ! Le Dom est plein de haine, à cause de son ego ! Bien entendu, il a ses coupables, le gouvernement notamment ! C’est encore l’autre qu’il faut changer ! Alors que le premier travail est de se changer soi-même ! Nos souffrances viennent de l’ego, changeons l’ego ! Offrons-le à Dieu, qu’il le « dépèce » et le remonte comme une merveille ! La haine et la fureur s’arrêtent !
Le Dom a une illusion réflexe, qui vient du règne animal ! Quand il est inquiet, il rejette la différence, veut retrouver le clan, un passé fantasmé, et ce mouvement peut même aller jusqu’à une hallucination collective, où tout ce qui gêne est gommé, comme en Russie ! Quand on nie l’histoire, on se nie soi-même ! On nie la nature humaine ! C’est encore un moyen pour le Dom de ne pas se regarder en face ! Alors, il croit absolument être entouré d’ennemis, persuadé qu’il est qu’il est bon, que le mal ne saurait venir de lui, qu’il ne peut être à l’origine de ses souffrances !
Le Dom qui ne se tourne pas vers Dieu ne peut pas s’examiner ! Mais plus, le Dom qui n’aime pas Dieu ne peut pas se libérer de sa domination ! Comment accepter de renoncer à son ego, si on n’aime pas, s’il n’y a pas chez soi la force de l’amour ? La plupart des croyants restent des Doms et eux aussi rêvent d’un retour au clan, avec ses règles et le rejet de la différence ! Heureux celui qui s’abandonne ! Heureux celui qui se sent vide, qui ne comprend rien, qui pleure dans la nuit, qui est las, qui a soif, qui se tait, qui attend, qui espère, qui ne perd pas confiance ! Heureux qui n’a rien, il sera rempli !
Heureux l’enfant aimant, qui se sent un étranger parmi les adultes ! Heureux celui qui a confiance ! Il verra l’infini de Dieu ! Il en sera stupéfait ! La haine de l’ego, contre la haine de l’ego, est évidemment une impasse, une surenchère ! L’égoïsme cherche sa voie, il veut se développer, sa liberté : c’est l’animal qui s’impose ! Très bien, il est nécessaire, mais la raison et la conscience nous mènent plus loin ! Surtout l’amour, la foi ! Ce n’est pas un piège, ni un fantasme, ni une drogue ! A chaque instant, la Lumière peut contrôler ce qu’elle croit ! Elle fait la connaissance des Doms, elle apprend d’eux ! Elle ne se ment pas à elle-même ! Elle aime plus que tout la vérité ! Et le mensonge des Doms lui apparaît en plein ! Le mensonge use les Doms, il est comme un gouffre qui s’ouvre chaque jour sous leurs pieds et qu’il faut combler ! Le mensonge est le chien affamé des Doms ! C’est leur monstre !
Les Doms refusent de grandir ! Ils sont dans leur monde, bien au chaud ! Pas question d’en sortir, d’aller voir ailleurs, de remettre en question ses haines ! Le Dom est un enfant capricieux ! Il ne veut pas grandir, se tenir debout sur ses jambes, affronter la vie ! Il n’aime pas, si ce n’est les quelques proches qu’il domine ! C’est son monde et pas un autre ! Pour rien au monde, il n’abandonne son mépris, il tient des comptes ! Il n’essaie pas de comprendre, il ne voit pas que son bourreau est perdu, que celui qu’il hait est aussi aveugle que lui et connaît la même détresse !
La Lumière est lente à la colère, elle ne cherche pas la puissance ! Son regard s’étend toujours plus ! Le mystère de la vie et de l’amour de Dieu lui semble toujours plus gigantesque ! Elle trouve de plus en plus misérable l’égoïsme du Dom, qui se prend au sérieux ! Il n’y a pas d’angoisse durable dans la Lumière ? Pourquoi il y en aurait-il ? Dieu est-il fini ? Il n’y a pas d’angoisse de la page blanche chez la Lumière ! Dieu s’arrête-t-il à un moment ? La Lumière découvre toujours plus l’amour de Dieu et cela n’a pas de fin
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Les Doms (66-70)
- Le 29/06/2024
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"J' t'ai toujours aimée, même si t'es une salope!"
Zulu
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« Agent Cool, dit Paschic, quand vous serez remplie par la lumière, il vous suffira juste de « ressentir » la présence des Doms, pour apprécier le degré de leur domination !
_ Agent Cool ?
_ Oui, ah ! ah ! On va travailler comme les agents secrets, si vous le voulez bien !
_ A vos ordres, chef ! Mais vous parliez de « ressentir » une présence ?
_ Oui, à un moment donné, il ne vous sera plus utile de regarder un Dom dans les yeux, pour savoir qui il est… Évidemment, vous pourrez continuer à le faire, mais vous allez comprendre que nous transmettons à l’autre nos désirs, ou nos peurs, sans que rien ne soit dit, à distance ! Je vous ai déjà dit que toute notre attitude parle et qu’elle reflète ce que nous sommes ! Ce n’est pas seulement un langage corporel, mais une densité, un poids de la personnalité dans l’espace ! Vous qui êtes une femme, vous devriez mieux comprendre qu’un homme de quoi je parle…
_ Peut-être…
_ Les femmes savent si un homme est inquiétant ou au contraire rassurant ! C’est quelque chose qu’elles sentent, bien avant d’échanger avec l’homme ! Ce n’est pas vrai ?
_ Si, si, nous avons nos petites antennes !
_ Les hommes et les femmes envoient un signal, suivant le degré de leur domination ! C’est un phénomène qui est d’autant plus évident que vous-mêmes êtes dans la lumière ! Bon, vous pouvez facilement comprendre que plus la domination est âpre, élevée et plus elle « tyrannise » l’espace, si je puis dire ! Je ne trouve rien de mieux comme image que celle de l’espace-temps ! Nous savons que les étoiles déforment l’espace à cause de leur masse et qu’elles créent ainsi une attraction ! Plus elles sont grosses et plus les objets autour sont attirés et ceci est aussi valable pour la lumière ! Vous allez donc considérer que vous êtes celle-ci, aussi neutre qu’elle, ou plutôt aussi légère qu’elle, que vous êtes disponible, puisque la lumière est sans domination !
_ Je suis donc de la lumière, voyageant parmi les Doms...
_ Mon image n’est pas juste, car la lumière vient des étoiles, mais il faut aussi avancer… La lumière qui voyage est déviée par la masses des étoiles… Plus le Dom est dominateur et plus sa masse déforme l’espace ! Concrètement, pour nous, cela veut dire qu’en entrant dans un lieu, vous sentirez tout de suite l’influence des Doms présents, le dominateur voulant des dominés ! Le Dom cherchera immédiatement à vous avoir comme spectateur, en attirant bien entendu votre attention ! Il est en représentation constante, jamais en paix ! Retenez bien cela ! Son soi-disant équilibre n’existe pas !
_ OK ! Je vais tâcher de garder ça à l’esprit !
_ Bien ! Dès que vous repérez un Dom, qui fait pression sur vous, juste par la densité qu’il dégage, sans qu’il se soit passé quelque chose de visible, j’insiste là-dessus, évitez-le ! C’est une perception qui s’apprend ! Si vous cédez au Dom, c’est que vous cherchez de la soumission, parce que vous avez peur et êtes sans doute fatiguée ! Il faut alors se montrer très prudent, car vous savez d’emblée que ce sera une relation à sens unique ! Le Dom vous utilisera, vous pompera et vous laissera encore plus vide et inquiète que vous ne l’étiez au départ !
_ Il n’y aura pas moyens de s’arranger…, de demander et de recevoir aussi ?
_ Si c’est possible, mais si vous êtes plus faible, vous serez aussi plus malléable… En tout cas, le mieux, c’est de voir le but du Dom, qui est stérile ! Il est là, comme je l’ai dit, en représentation ; il attend de vous de l’admiration, la reconnaissance de sa supériorité ! Cela ne peut pas ne pas vous prendre de l’énergie ! C’est vous demander quelque chose qui vous rebute, car vous savez, vous, que la domination est juste de l’égoïsme, que la lumière est le progrès ! Et vous aurez affaire à plusieurs Doms et à chaque fois, il vous faudra donner un bout de vous-même, sans rien recevoir en échange !
_ Vraiment ?
_ Non, le Dom pompe ! Il ne veut pas évoluer ! Chaque jour, il attire avec sa masse ! Mais son mensonge, lui, va vous apparaître sans difficultés ! Vous allez vous apercevoir très vite que vous ne vous trompez pas ! Si vous évitez le Dom dominateur, et ceci bien entendu quel que soit son sexe, et que vous vaquez à vos occupations, comme si de rien n’était, il se passe un phénomène étrange, qui avec l’habitude vous fera rigoler !
_ Ah oui ? Lequel ?
_ Mais le Dom viendra vous transmettre sa haine, son envie de vous détruire, alors que vous n’avez fait que le croiser, sans dommages apparents pour lui ! Il va se rapprocher de vous, pour vous exprimer tout son ressentiment !
_ Et c’est sensé me faire rigoler ?
_ Tout du moins sourire, car le Dom montre par là son mensonge ! Il reconnaît qu’il a besoin de la lumière, qu’il la trouve même supérieure, car il ne supporte pas votre indifférence ! qui elle n’est pas feinte, car vous n’avez pas besoin de dominer ! Votre équilibre est vrai, nullement celui du Dom et le voilà par conséquent en train de vous en vouloir ! Si la lumière n’était pas la vérité, elle ne gênerait aucunement le Dom !
_ Ça paraît assez amusant !
_ Ça l’est ! C’est l’une des petites joies simples de la vie ! La réaction haineuse du Dom, auquel vous ne devez absolument rien, vous montre que vous avez raison, que vous êtes sur la bonne route ! Et c’est une consolation, car le mensonge est partout ! »
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Le Dom est fier de son ignorance ! Il la chérit ! Il vous la crache au visage ! Il vous hait à cause d’elle, sans pourtant la changer ! C’est que le Dom n’a aucune simplicité, ni encore moins d’humilité ! Il rêve, il s’enchante, il s’enfume dans un personnage, censé être un modèle de réussite !
Le Dom trouve normale sa vie ! Il ne se demande pas ce qu’il fait là ! Il n’est pas abasourdi par l’infini des ailleurs, tout cela ne lui paraît pas étrange ; même le mystère de la mort ne l’effleure pas ! Il est dans le « bus » de la société ! Il respecte les horaires, les stations, il croit qu’il effectue là une mission périlleuse, hautement respectable, qui est le but de sa vie ! Où sont les autres, tous ceux qui sont morts ? tous ceux qui ont rêvé comme lui, espéré comme lui ? Envolés ! Comme s’ils n’avaient jamais existé !
Seul le Dom compte, car il a beaucoup à dire, il a fait preuve de patience, en 1843, pendant une seconde, et il ne l’a pas oublié, car c’était déjà une seconde de trop ! On va voir ce qu’on va voir ! Le Dom a ses têtes de turc ! Le Dom crie, invective, menace ! Le système l’a contrarié, le système l’a grugé ! Il ne s’agit pas de donner un sens à sa vie, mais de trouver des coupables ! Ainsi toute réflexion est vaine, vive la haine !
Le Dom est sournois : il vous sourit, quand il vous dit : « Regarde comme je te méprise ! » Le Dom n’apprend pas ! Il recommence toujours les mêmes erreurs ! Bien sûr, il est bientôt à plat, sans vie, comme un ivrogne qui aurait subi une douche froide ! A cet instant, il est calme, apparemment sage, mais qu’une goutte de domination apparaisse, qu’une satisfaction de l’ego soit possible, qu’on puisse « enfoncer » un tant soit peu l’autre et le Dom se jette dessus tel un assoiffé ! Il ne lui viendrait pas à l’idée que c’est justement là son poison !
Le Dom ne cherche pas, il crie ! Il est en colère et se trouve juste ! Évidemment, beaucoup de par le monde souffrent plus que lui, sont dans le désespoir le plus complet, ont faim, se nourrissent de déchets, ont des yeux hagards, etc., mais rien, rien ne doit détourner le Dom de sa vengeance ! Il a été insulté ! On a osé le critiquer, le voir comme un enfant ! On lui demande des comptes, alors qu’ils donnent déjà tellement, dans l’impitoyable cosmos ! Le Dom jette-t-il son sang sous les étoiles, pour aider quelque extraterrestre ? Non, il paie ses impôts, il cotise, c’est indiqué sur des feuilles ! Il est dans son droit, il respecte les règles et on vient lui chercher des poux ?
Le doute, c’est la mort du Dom ! Dès qu’il le voit, il s’enfuit, comme si venait la Faucheuse ! Le Dom s’est-il tordu dans la nuit du doute, par amour ? A-t-il connu l’errance, le déchirement ? S’est-il offert à l’insulte ? A-t-il connu le désespoir ? A-t-il inspecté centimètre par centimètre le mur de l’incompréhension, de l’égoïsme ? Est-il mort quelque part, ailleurs, sans vie, sans amour, sans lumière, dans la plus profonde indifférence des autres ? A-t-il jamais été seul dans la nuit ? Non, le Dom ne connaît que sa bauge, son bain de boue ! Il a passé son temps à piétiner, à enrager, à rire, à se moquer, à gémir et à pleurer, parce que personne ne l’aime, sous ses pieds qui écrasent !
Le Dom est une victime, bien sûr ! Entre deux bouchées, sur sa chaise percée, il lit sommairement votre plainte… Puis, il essuie ses doigts bien gras dessus, rote (car c’est un spectacle!) et il commence… Vous ne connaissez rien à la politique, ni à l’économie, ni à quoi que ce soit ! Lui, le Dom, a une vision exacte de la situation (vous êtes déjà oublié!) et il vous récite de « vieux pneus crevés », qui montrent sa totale ignorance ! Prenant votre sidération pour de l’admiration, il vous met dans la confidence : des Montagnes bleues jusqu’à la mer jaune, il étendra son pouvoir ! On le fêtera, on lui rendra un culte, on chantera son nom ! Vous pouvez disposer !
Le Dom connaît-il les fleurs comme des cristaux de neige ? Sait-il écouter, attendre, rêver ? A-t-il déjà respiré l’odeur de l’herbe ? S’est-il approché tout doucement de l’eau ? Non, le Dom n’aime que l’agitation ! Le silence l’effraie ! Seul se noyer dans la masse le rassure ! Des projets, des chantiers, du bruit, des sirènes d’ambulance, de la crasse, voilà le milieu du Dom, là où il est heureux !
Le Dom aime le luxe ! Il a tout, ne se prive de rien ! Autos, motos… Le Dom a le choix entre mille jus de fruits, alors que d’autres meurent de soif ! Le Dom se dandine, pour choisir entre mille sortes de fromage, mais il se sent lésé et toujours prêt à faire valoir ses droits, comment on l’a spolié ! Le système se moque de lui, c’est évident ! Jamais c’est son tour ! Les autres se gobergent, mais pas lui ! Il n’est que sacrifices ! Mais les choses changeront ! Il y a des lignes rouges ! A force de trop tirer sur la corde, elle se casse ! Le Dom menace : il est possible qu’il envoie ses chars, mais ce ne sera pas de sa faute ! On l’aura poussé à bout ! Il est un messager de paix, mais on le prend pour un benêt ! Il nettoiera tout ! Il détruira tout ! Il tuera les enfants, violera les femmes, rasera les maisons, torturera, parce qu’on l’a bien cherché ! Derrière, la Patience affirme qu’elle n’a jamais vu le Dom, qu’il lui est absolument inconnu !
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Le Dom ne donne pas, il prend, c’est tout ! Le Dom fait peur, au point qu’on pense l’amadouer, en lui offrant des présents ! A quoi comparerai-je cette situation ? Imaginons un sultan qui commande un col, nécessaire passage pour les échanges commerciaux ! On dépose donc devant ses pieds tout un assortiment de cadeaux, ce qui revient à flatter le Dom, à lui donner de l’importance ! Mais le Dom engloutit et ne donne pas, c’est tout ! Le Dom reste sombre, inerte, sans compréhension, alors qu’on fait mille efforts pour lui plaire, non que le Dom le mérite, mais on veut que l’humanité avance !
Si le Dom ne montre aucun signe de satisfaction, ce n’est pas qu’il ne goûte pas vos cadeaux (bien au contraire, ils tombent comme du miel dans son estomac !), mais le Dom prend votre gentillesse, vos doutes comme de la faiblesse, de la fragilité et s’il garde le silence, c’est pour obtenir plus, pour que vous continuiez à le considérer ! Notez bien que le Dom n’a en rien un remède contre son propre mal-être et il est même profondément malade, dans la prison de son ego, mais il ne change pas d’attitude et reste comme une araignée au centre de sa toile, attendant que, par la menace qu’il représente, on vienne de nouveau tenter de l’apaiser ! Le Dom se moque du monde !
L’un des problèmes aujourd’hui : le Dom qui possède l’arme nucléaire ! Comment discuter avec un malade mental, qui caresse ses ogives ? Comment rassurer un Dom persuadé que le monde entier lui en veut, qu’il est entouré d’une masse grouillante et venimeuse, comme l’imagine un schizophrène, alors qu’il peut faire sauter toute la planète ? Voilà un risque qui est évité par les démocraties, où tout signe d’aliénation mentale est sanctionné par le vote !
Le Dom est agressif, même si vous vous montrez aimable, car il a tous les droits, n’est-il pas le Dom ? Mais le Dom est toujours une victime et si vous n’êtes pas impressionné par son mauvais visage, il tourne tout de suite la situation à son avantage : c’est vous qui n’êtes pas assez poli ! Il vous donne des leçons de savoir-vivre, de courtoisie, lui qui est moins aimable qu’une porte de prison ! Le mieux, c’est d’ignorer complètement le Dom ! qu’il se retrouve enfin face à son néant, où il ne peut profiter de personne ! Il n’y a que comme ça qu’il comprend un peu les choses, qu’il se remet en question, qu’il s’améliore ! Quand il voit qu’il n’a plus de prises sur vous, il revient un tantinet à la raison…, c’est qu’il fait froid dans le vide du cosmos, où les os craquent sous la pression de l’angoisse !
Le Dom ne sait pas vivre, mais vous si ! Enchantez-vous des fleurs et du ciel bleu ! Ce sont des choses que le Dom ne comprend pas du tout, et pourtant elles peuvent devenir la base de votre équilibre ! Vous avez un gros avantage sur le Dom, vous pouvez vous passer de lui, lui non ! Il a toujours besoin de vous dominer ! C’est ce qui masque l’inanité de son existence !
Le Dom ne propose rien, sinon son ego ! Il cache son impuissance par le poison qu’il distille ! Il vous fait croire que c’est vous le méchant ! Il sape votre assurance ! Il mord comme un serpent, en riant des effets qu’il provoque ! Le Dom n’a aucune solution, sinon vous détruire ! Il ronge vos convictions, vous condamne à l’errance, au doute, à la nuit… Il se réjouit de vos pleurs et de vos supplications ! Il dit que la vérité n’existe pas, qu’elle n’est qu’une affaire de point de vue !
Le Dom vous montre le mal que vous lui avez fait ! Vous l’avez égratigné, alors qu’il vous coupait les deux bras ! C’est toujours lui la victime et vous discutez avec un psychopathe ! Vous devenez tellement peu sûr de vous que finalement c’est vous qui vous voyez le monstre et qui vous excusez ! « A la bonne heure ! » s’écrie le bourreau plein de sang ! Le Dom a réussi, il vous a détruit de l’intérieur !
Le Dom nie votre existence ! Il ne veut pas entendre parler ! Si vous ne lui êtes pas soumis, vous êtes le paria ! Le Dom ne conçoit pas la différence, elle lui échappe complètement ! Il est le roi ou la reine uniques de son royaume ! Cependant, le Dom ne se croit pas seul, mais il l’est ! C’est son pouvoir sur les autres qui lui masque cette réalité ! Mais, enfin, le Dom meurt… et il se présente devant Dieu !
Là encore, le Dom s’attend à être servi ! C’est que le Dom n’a aucune idée de ce qu’est Dieu ! Dieu est infini et donc forcément différence ! Or, le Dom ne connaît que le Dom ! Son univers s’est limité à son nombril ! Et, quand il voit enfin Dieu, il reçoit un choc tel qu’il en est pulvérisé ! Ainsi le cosmos retrouve son calme, sa magnificence, sans souvenir du Dom !
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Le Dom est dans son monde ! Il vous y accueille plus ou moins bien, voire pas du tout ! La découverte de l’autre pour le Dom est un effarement ! C’est pourquoi il n’a pas de prévenances ! Il ne se met pas à la place de l’autre ! Il ne lui facilite pas la vie ! Car il ne le voit pas ! Le Dom n’est pas éclairé de l’intérieur ! Il ignore l’évolution de l’autre, il n’a aucun sens large de la vie ! Seule le concerne sa petite personne ! Or, il est bon de contempler la nature humaine, comme un champ de fleurs : il y en a de toutes les couleurs, de tous les parfums, de toutes les tailles et chacune est à son stade de progression ! Heureux celui qui a les yeux pour voir cela !
Le Dom voit volontiers l’autre comme un ennemi, une menace ! C’est son orgueil, sa domination qui veut ça ! Le Dom est inquiet ! Faute de connaître la lumière, il suspecte les autres ! On peut le tromper, le manipuler, ou pire le moquer ! Le Dom vit dans la hantise d’être trahi ! d’où son besoin de tout contrôler !
Le Dom vous attire dans son monde de turpitudes ! Il essaie de faire en sorte que vous dépendiez de lui ! Il ne peut pas vivre tout seul et il vous blesse, alors que c’est lui qui a tout à apprendre ! Rappelons-le, le Dom ne sait pas tenir sur ses jambes, d’où ses ennemis, ses angoisses, etc. !
Le Dom est fatigant ! Haineux, il vous rend responsable de son malheur ! Il vous fait douter de vous-même, ce qui arrive si vous êtes fragile ! Il vous coiffe de sa petitesse, pour se plaindre essentiellement ! N’oubliez pas que le Dom croit que le monde tourne autour de lui !
Ne cédez pas au Dom ! Respectez-vous ! Pensez à votre santé ! C’est le Dom qui doit changer, pas vous ! Soyez ferme sur vos connaissances ! Le Dom sera tentateur, il vous fera croire mille calembredaines ! Son tourment essaiera de réactiver vos névroses, vos propres doutes ! Tout le travail d’une vie vous servira ! Vous serez comme le rocher paisible devant le Dom ! Ses peurs seront inefficaces contre vous ! Vous rirez de ses plaintes, car vous connaissez l’origine de son malheur ! Ce n’est pas ses conditions de travail, ou les étrangers ou les capitalistes, c’est que le Dom ne cherche pas, ne s’offre pas à la lumière, à laquelle il préfère son orgueil ! Si le Dom « se quittait », pour aimer la lumière, il déposerait là son fardeau, et rayonnerait soulagé, espérant de nouveau ! Le reste, c’est du blabla !
Heureux celui qui est dans la lumière : son destin est sans limites et la paix est sur lui !
C’est le Dom qui rend le monde inquiétant ! absurde ! Quoi ? Le ciel bleu est tourmenté ? Les oiseaux ne chantent plus ? Non, la paix de Dieu est ineffable, indestructible ! Le Dom colporte son stress ! Il vous le transmet ! Il est plein de mensonges, toujours en attente de reprendre sa supériorité, de faire valoir son mépris ! Le chemin de la lumière lui est fermé ! Le chemin de l’amour lui est invisible ! Heureux celui qui donne par amour, qui renonce par amour ! celui qui prouve qu’il aime par son don ! Son renoncement est une preuve d’amour ! Comment aimer si on ne confie pas ! Comment aimer en se préservant ? Comment aimer en défendant ses intérêts becs et ongles ?
Celui qui renonce pour la lumière reçoit de la lumière, plus qu’il a donné et est bientôt dans l’étonnement, car l’infini de Dieu lui apparaît ! Une telle grandeur laisse sans voix ! Une telle majesté, une telle tranquillité, une telle paix provoque l’admiration ! Le chant de gloire monte aux lèvres !
Le Dom, lui, reste en prison ! Il ne veut pas en perdre une miette ! ni une occasion de mépriser ! C’est la vie grise du Dom ! Avec sa peur de perdre, le Dom en effet demeure dans les tourments ! Il traîne son boulet ! Il compte ses sous ! Il tient ses comptes ! Qui a-t-il baisé dernièrement ! Lequel il a mouché déjà ? Voilà ses satisfactions, celles de la domination ! Il ne comprend pas la lumière, ni la foi, car beaucoup de Doms sont religieux et ne connaissent ni la lumière, ni la foi !
Que connaissent-ils alors ? Des préceptes ! Ils sont fiers de leur étiquette ! Mais ils n’aiment pas Dieu ! C’est pourquoi eux aussi détestent la différence ! Eux aussi font les comptes ! Eux aussi demandent dans quel camp on est et si on porte la bonne étiquette ! Eux aussi sont prompts à se venger, à dominer, à juger ! Eux aussi sont comme les Doms qui ne croient pas ! Eux aussi ont leurs ennemis, ceux qui ne croient pas ! Que connaissent-ils de la douceur de Dieu ? Que confient-ils ? Que remettent-ils à Dieu ? Ils ont le cœur sec, ils sont pleins de fureur, au nom de Dieu ! Eux ne savent pas aimer, en renonçant !
L’enfant se confie ! Il ne voit pas malice ! S’il existe, c’est parce que Dieu l’aime ! Ainsi raisonne l’enfant ! Les inquiétudes des adultes lui apparaissent étrangères et plus tard mensongères ! L’enfant est sans malice dans la lumière ! Il salue le criquet, entend l’oiseau, il est un cœur offert ! Les Doms ont l’air sales et agités à côté !
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Le Dom est une petite île égoïste, qui attend tranquillement qu’on vienne l’enchanter ! Sur cette île, le Dom a tous les droits, y compris celui de se mettre en colère et de mépriser ! N’existe-t-il pas un monde de souffrances autour ? Non, le Dom a des droits ! Après tout il est né ! Et il doit aussi travailler pour vivre et c’est beaucoup lui demander !
Quand vous abordez le rivage de la petite île du Dom, tout est froid ! Il n’y a personne ! C’est désert ! Cette île est-elle habitée ! Donne-t-elle des fruits, qui pourraient vous faire du bien ? Il est impossible de se renseigner, car il n’y a aucun signe de vie !
Vous avez peut-être soif ? Vous êtes peut-être un naufragé, qui, après avoir traversé l’étendue liquide, sur une planche de bois, a besoin de se restaurer, d’être réchauffé par la chaleur humaine ? Vous avez été témoin d’une catastrophe maritime, vous avez vu des centaines de corps s’enfoncer dans les flots, des femmes et des enfants crier ou bien vous savez que des cales sont remplies d’esclaves, soumis aux pires souffrances ?
Peu importe, car rien ne bouge ! Toujours le silence parmi les palmiers ! Cette île est peut-être en définitive hostile ? Soudain, vous avez une idée : vous sortez de vos poches des verroteries, des colliers de perles en particulier et vous criez : « Pour qui sont ces bijoux, qui étincellent au soleil ? Pour qui sont ces merveilles ? » Et les voilà qui sortent du bois, hilares, bruyants, enfantins, sympathiques ! Les indigènes vous entourent subitement et ils vous font fêtes, alors que vous leur distribuez vos cadeaux ! C’est ça, la clé du Dom ! Tant que vous ne parlez pas de lui et qu’il ne se sent pas le centre d’intérêt, le rivage est désert et peu importe votre état et celui du monde !
Le plus curieux, c’est que le Dom trouve normal vos cadeaux et votre attention pour lui, alors que la même idée à votre égard ne lui viendrait même pas à l’esprit ! Les indigènes, qui rient de vos présents, se trouvent éminemment sympathiques, en les prenant ! Ils ont l’impression de donner à leur tour, d’être généreux eux-mêmes, tellement ils ont d’estime pour leur personne ! Pourquoi le Dom n’a-t-il pas la même démarche que vous, celle de s’intéresser aux autres, d’être guidé par la soif de connaître lui et la planète ? Pourquoi n’est-il pas pauvre à cause du doute ? Comment peut-il prendre au sérieux sa haine ? Voilà bien encore pour vous une source de réflexions !
Pour commencer, vous pouvez vous dire que le Dom a des circonstances atténuantes, car la misère humaine n’a pas de limites ! Certains en effet sont petits, gros, malades, disjoints, trop grands, etc. ! Et puis, il y a le système, la nécessite de gagner sa vie, qui broie, use, aveugle, trompe, disperse, réduit à néant et tant d’autres horreurs ! Mais pourquoi alors le Dom ne pense pas : « Il y a pire que moi ! Je ne suis pas le nombril du monde ! Quel sens pourrais-je donner à ma vie ? S’il y a une vérité, je dois la chercher avec obstination, courage ! On raconte des histoires sur des saints, qui ont traversé des enfers, des cercles de feu ! Comme c’est palpitant ! Moi aussi, je veux être du côté des héros ! J’en ai l’étoffe ! »
Non, le Dom ne fait pas ce raisonnement ! On l’a privé d’électricité en 48, ou on a oublié sa bouteille de lait une fois, et ça ne passe pas ! C’est inscrit dans son grand livre de comptes, page 2 222 244 455, et vous découvrez effaré toute une collection de volumes ! Dans ces conditions, comment le Dom pourrait s’intéresser à un autre que lui ! Évidemment, pas question non plus, que vous lui racontiez votre propre aventure ! comment vous avez subi mille tempêtes ! comment vous savez qu’au-delà des mers il y a des populations absolument étranges et qui sont déjà heureuses d’avoir de l’eau claire ! comment une fois, pour survire, vous avez rongé du bois, dans la nuit plus totale, en compagnie des rats ! Non, vos exploits n’intéressent personne ! Car plus vous représenterez au Dom un univers qui lui est étranger et dont il n’est pas le centre, et plus vous verrez son visage se fermer et la colère le gagner ! Vous abusez de son temps et il vaut mieux maintenant remballer vos affaires, refermer vos coffres pleins de pacotilles et regagner au plus vite votre rafiot pourri, avant que la tempête n’éclate et que les indigènes ne cèdent à la fureur, pour vous passer à la broche !
Afin d’éviter ce départ précipité et par souci d’urbanité, vous continuez donc à flatter le Dom, comme s’il était un sujet inépuisable de conversation, et les indigènes de l’île se saisissent toujours de vos cadeaux, en s’esclaffant, ravis ! Mais ne croyez pas en être quitte pour autant ! Car le Dom vit pour sa fierté ! Même s’il accepte vos présents, il tient à vous rappeler qu’il vous est supérieur ! Il cherche donc une occasion pour vous blesser, ce qui vous montrera son mépris ! Alors que vous souriez encore, en offrant un énième collier de perles, un indigène brusquement vous fait une belle estafilade avec un couteau ! Ah ! Ah ! La bonne plaisanterie ! Car l’ambiance n’a pas changé, comme si personne ne s’était rendu compte de rien ! Dans ces conditions, pourquoi faire de l’embarras, au risque de créer un incident diplomatique ? Vous aussi, malgré votre sang qui coule, vous regardez dans les yeux le Dom qui semble aux anges ! Il vous a rappelé qui est le maître ! Sacré Dom ! Et il pourrait apprendre quelque chose ?
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Les Doms (62-65)
- Le 15/06/2024
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"Je m'appelle maintenant Hémoglobinsky!"
The Green Hornet
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Le docteur Cool et Paschic continuent à s’entraîner, pour maîtriser la lumière… « Je la sens tout autour de moi ! fait Cool. C’est fantastique !
_ Bien, rappelez-vous : plus vous renoncerez par amour, plus vous aurez confiance, plus vous serez heureuse et plus la lumière en vous sera puissante !
_ Ma vie a enfin un sens !
_ Et quel sens ! C’est sans limites, vous verrez ! Mais la lumière ne peut pas vous envahir brusquement, sans le risque de vous détruire, à cause de vos névroses !
_ Ah bon, je suis névrosée ?
_ Comme tout le monde ! Nous avons tous des blessures, qui nous fragilisent ! Si vous n’apprenez pas à les refermer, la lumière se retournera contre vous et pourra vous faire beaucoup de mal ! Comprenez qu’un renoncement excessif vous met en danger ! L’amour lui-même doit être apaisé, équilibré, afin qu’il soit chantant et triomphant !
_ Mais comment on fait alors ?
_ C’est une association avec la lumière, une lente progression ! Ce n’est pas facile évidemment, d’autant que les autres ne vont pas vous aider ! La peur que suscite la différence va vous ronger ! L’insécurité matérielle, qui est aussi un des fruits du renoncement, rebute forcément le plus grand nombre !
_ L’insécurité matérielle… ?
_ Comment voulez-vous prouver votre confiance, si vous ne craignez rien ? Votre amour sera d’autant plus fort qu’il prend des risques ! Il ne s’agit pas bien entendu de faire n’importe quoi, mais de ne jamais perdre le but, de tendre incessamment vers lui, avec la paix, la compréhension et la joie pour récompenses !
_ D’acc…
_ Mais je reviens sur les névroses… La lumière doit peu à peu cicatriser votre cerveau ! C’est elle qui va vous montrer vos blessures et combien elles peuvent être innombrables ! Je le répète, le risque de vous faire du mal est grand ! La passion est un feu que vous maîtriserez seulement à maturité !
_ Vous me faites peur maintenant…
_ Tranquillisez-vous… Rien ne vous comblera comme vos victoires ! Rien ne pourra plus troubler votre paix, ni votre don, ni votre force ! L’infini sera en vous ! Mais c’est aussi un chemin de solitude, car, comme je l’ai dit, vous êtes en route vers la différence ! Vous allez vous apercevoir combien les Doms sont fous et perdus ! combien il y a de pensées diverses, tronquées, fausses et haineuses ! Beaucoup se réclament de la lumière et n’ont rien à voir avec elle !
_ Je suis impatiente, vous savez !
_ Venez, nous allons essayer votre nouveau regard dans la rue ! Votre lumière va éclairer les Doms et vous observerez leur réaction ! »
Dehors, Cool et Paschic avancent lentement… « C’est incroyable ! s’écrie Cool. Ils se cachent ! Ils se dérobent ! Ils ont peur de ma lumière !
_ En effet, votre éclat les gêne !
_ Mais qu’est-ce que ça veut dire ?
_ Mais qu’ils n’aiment pas la lumière, qu’ils n’en veulent pas !
_ Mais alors que peuvent-ils espérer ?
_ Les choses ne sont pas aussi simples… Ceux qui vous évitent n’ont pas une position bien définie… Ils sont un mélange de peur et de domination ! Ils sentent bien que quelque chose leur manque, mais la peur les ramène à leur domination ! Ils ne veulent pas franchir le pas !
_ Il y en a d’autres, par contre, qui me défient, qui me font voir toute leur haine ! Brrrr !
_ Oui, ce sont les durs ! Ceux-là sont résolument hostiles à la lumière ! Ils sont entièrement voués à leur domination, ne jurent que par elle et s’ils pouvaient vous détruire sur le champ, ils le feraient sans hésiter ! Leur haine vient de ce que votre lumière menace leur supériorité et les renvoie donc à leur peur !
_ Mais est-ce que ça ne veut pas dire qu’ils sont plus forts que la lumière, ce qui voudrait dire qu’il n’y a pas au fond de vérité ?
_ C’est effectivement ce qu’on pourrait conclure en apparence… Mais je vous demande d’être encore plus attentive ! Vous allez observer ce qui passe en une seconde, quand votre regard croise le leur !
_ Ils clignent des yeux !
_ Exactement ! Ils ne peuvent pas s’en empêcher, car votre éclat les perce ! Mais ils se reprennent aussitôt et vous défient, l’air de dire qu’ils sont complètement insensibles à votre lumière et qu’ils en sont même supérieurs ! N’insistez pas ! Ils ont été déjà vaincus dans leur battement de paupières ! Inutile de vouloir le signifier à tout prix ! Laissez-leur fierté, car ce ne sont pas des gentils ! Ils pourraient vraiment vous agresser !
_ Oh ! Là, là ! Qu’est-ce que je m’amuse ! »
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« Le Dom a des techniques d’évitement très précises, face à la lumière, nous allons en parler… Mais encore une fois, il ne s’agit pas de vaincre le Dom, de faire comme lui, d’assurer sa propre domination ! Il n’y a aucune haine, ni désir de puissance dans la lumière… Elle existe, elle brille, c’est tout ! A mesure qu’elle vous envahit, vous ne pourrez pas empêcher son éclat !
_ Très bien ! Mais vous parlez de techniques d’évitement… Cela veut-il dire que le Dom a appris à lutter contre la lumière ?
_ Ce n’est pas tout à fait ça, car le Dom ignore au fond ce qu’est la lumière… Je pense plutôt qu’il a développé des techniques contre tout ce qui pourrait lire en lui et le menacer… Il obéit à un réflexe d’origine animale… Mais je vais être beaucoup plus clair, en vous donnant un exemple… L’une des techniques d’évitement les plus simples, face à la lumière, c’est de dévier celle-ci !
_ C’est possible ça ?
_ Oui, vous avez des leurres ! Le Dom peut très bien concentrer votre attention sur sa montre, un bijou, ou sur l’arête de son nez, le lobe de son oreille ! C’est une technique qu’il a mis en place depuis longtemps ! C’est surprenant, mais vous qui êtes une femme, vous savez comment attirer le regard sur la partie de votre corps qui vous avantage ! Le Dom ne pratique pas autrement ! Ainsi la lumière est détournée, se fixe en un point où elle n’a rien à apprendre ! Le Dom est sauvé, si je puis dire, la lumière n’a pu le sonder ! Mais encore une fois, j’insiste là-dessus, la lumière ne veut rien, sinon se poser, être ! Elle ne demande pas de comptes !
_ C’est passionnant !
_ Oui, d’autant que les techniques d’évitement sont aussi diverses qu’il y a d’individus ! Vous avez encore le froncement de sourcils !
_ Qu’est-ce que c’est ?
_ Le Dom gonfle un sourcil, comme un petit mur, ce qui suffit à arrêter la lumière ! Cependant, inutile de vous dire que chaque petit stratagème révèle qu’on craint la lumière, qu’on ne la désire pas, car on cache quelque chose ! On vit dans un faux équilibre, sur une ambiguïté ! A l’intérieur, on est trouble, incertain ! On a des plaisirs, en faisant taire des voix contraires, ce qui n’est pas une situation paisible, épanouissante ! Pourquoi ne pas viser le jackpot, le bonheur complet ? S’il y a une vérité, pourquoi ne pas la chercher ?
_ Oui, pourquoi ?
_ Par peur essentiellement ! Le Dom croit qu’en faisant confiance à la lumière, il perdra tout ! Il préfère alors sa condition bancale, où tout n’est pas mis sur la table, ce qui conduit à se protéger de la lumière !
_ Ce n’est pas une vie !
_ Non, mais la plupart s’en accommodent, grâce à leur haine… De toute façon, tout un monde va se révéler sous vos yeux, car toute notre attitude parle et comment pourrait-il en être autrement ? Qui sait ce qu’il faut faire ? Personne n’a de réponses ! Il y a les lois évidemment, mais ce n’est pas suffisant ! Nous sommes donc tous un mélange de peur et d’assurance ! Nous avons tous nos angoisses et nos questionnements et ils se reflètent à travers nos comportements ! Bientôt, vous verrez pourquoi certains se tiennent au milieu de la rue, en petits groupes et fièrement, comme s’ils commandaient ! Ceux qui parlent fort n’auront plus de secrets pour vous ! Vous lirez telles mimiques, telles grimaces ! Vous serez stupéfaite par le dégoût de quelques uns, qui considèrent qu’on leur doit tout !
_ On dirait que vous décrivez un théâtre…
_ C’en est un, mais avec des acteurs et des actrices qui s’ignorent ! Et puis bien sûr, il y a les durs ! Ceux-là nient la lumière ! Il sont sans amour, derrière le mur du mépris ! Parmi eux, on peut trouver bien des psys ou des médecins !
_ Vraiment ? J’aurais plutôt cru ces personnes dévouées…
_ Jusqu’à un certain point sans doute, mais il s’agit d’aller bien au-delà des apparences, n’est-ce pas ? Certains, persuadés de n’être guidés que par la science ou la raison, vous regarderont avec des yeux écarquillés, comme s’ils étaient pleins phares ! C’est une manière pour dire que la lumière, c’est eux, et qu’ils en ont à revendre, quitte à vous engloutir !
_ Je vous sens sensible à ce sujet…
_ C’est que le mensonge entraîne le malheur, la misère ! »
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« La lumière, c’est la vie ! reprend Paschic. Elle s’offre, elle pousse ! Elle rayonne en toute personne qui l’accepte et l’aime ! Elle est un don permanent ! Regardez la fleur… Elle brille d’un éclat incomparable ! Même le pissenlit est une œuvre d’art ! C’est un petit soleil, qui va se transformer en un nuage de semences ! Si vous doutez et êtes en proie à l’angoisse, n’hésitez pas à observer la nature, à la contempler ! Ne réfléchissez plus, ne demandez plus, ne vous impatientez plus ! Laisser aller votre désarroi, votre tristesse… Confiez-vous à l’attente ! La nature possède le temps de la lumière et ce n’est pas évidemment le vôtre ! Nous sommes fragiles, inquiets ! Nous sommes tout petits, avec la possibilité de penser ! C’est un destin passionnant, mais qui pèse lourd ! Regardez les nuages... Leur marche lente, paisible, doit pouvoir aussi vous calmer… ou au contraire leur course folle a de quoi vous enthousiasmer, vous galvaniser !
_ Le problème, c’est qu’ici la nature, on la voit pas beaucoup !
_ C’est exact… Dans les grandes villes, les individus ne sont concernés que par leur passion et c’est ce qui les rend violents ! Ils finissent par prendre au sérieux leurs haines ! Ils restent malheureux ! Il est toujours possible de refouler la lumière, c’est notre liberté ! Nous luttons contre elle, par peur essentiellement, comme je vous l’ai dit et nous nous réfugions dans toujours plus de domination ! Nous devenons des tyrans pour les autres ! Nous les méprisons et nous nous réjouissons de les supplanter ! Nous créons un monde dur, dont nous croyons les politiques responsables ! Que nous nous changions d’abord nous-mêmes ?
_ Mais il est toujours plus facile d’accuser l’autre !
_ En effet… Plus vous serez remplie par la lumière et plus vous verrez comme chacun la retient en lui, l’étouffe, essaie de la tuer ! La haine rassure plus que la lumière ! Elle est moins étrange, moins contraignante pour l’ego ! Heureux l’enfant émerveillé, qui recueille la beauté et la lumière ! Il comprend le miracle et s’étonne d’autant plus du comportement des Doms ! Pourquoi les Doms s’énervent-ils autant ? Pourquoi sont-ils si inquiets ? N’ont-ils pas à manger ? Pourquoi se ne libèrent-ils pas du boulet de leur domination ? Ne voient-ils pas comme leur impatience, leur égoïsme les tiennent en esclavage ? La lumière est la joie de l’eau, la paix du ciel, le travail de la fourmi, l’agilité du serpent ! Il n’y a pas de lumière sans admiration, sans enchantement ! Il n’y a pas d’amour sans innocence ! C’est l’enfant qui est nous qui s’amuse et se confie dans la lumière ! Le monde autour est fait de morts pleins de fureur !
_ Vous me redonnez de l’espoir… et c’est sans prix !
_ Évidemment et le pire dans tout ça, c’est que nous sommes tous assoiffés ! Nous sommes tous à la recherche de la lumière ! Nous voulons tous nous épanouir et être heureux ! Nous désirons tous un absolu ! Pourquoi ? Mais parce que toute la nature nous inspire, en nous disant qu’il y a plus beau et plus grand que nous ! Nous le comprenons, le sentons, même si ce n’est pas clairement ! Nous voulons dépasser nos limites, face à la mer ou la montagne qui nous défient ! Le feu nous subjugue et l’enfant qui naît nous illumine ! Nous rêvons de réussites, d’exploits ! La domination chante d’abord en nous ! Mais les désillusions viennent… Nous sommes blessés, nous nous jugeons trahis, amers ! L’autre nous écrase, nous ment ! Nous sommes perdus et devenons méchants ! Nous traitons comme nous avons été traités ! Nous avons égaré la clé ! L’enfant qui rêvait n’est plus ! Nous aussi savons jouer du couteau, puisqu’il faut se défendre ! Nous aussi savons donner des coups, puisqu’on en reçoit ! Heureux celui qui aime encore et qui va se réjouir du papillon ou du pollen qui volent ! La nature continue d’enseigner ! Elle forme à la confiance, à la paix, au don, à la gratuité, car sa splendeur est gratuite ! Sa beauté n’a pas besoin d’être semée, elle éclate partout ! Devant ce spectacle, la domination peu à peu disparaît ! Elle n’est plus utile et elle laisse la place à un mystère, qui ne cesse de grandir et qui s’appelle amour ! La joie ne vient plus de supplanter l’autre, mais de l’aimer, car on est heureux soi-même! On devient aussi un mystère pour l’autre, qui se demande comment fait-il, qui est-il ? Et on est surpris de voir combien la lumière reste méprisée, crainte ! Mais le Dom croit qu’il est mâture quand il hait ! Il se croit lucide sans illusions ! Il ne veut pas de miracles ! Il s’acharne dans le trouble ! Il rit de l’enfant ! Il le rejette ! Il est sérieux quand il méprise ! L’oiseau qui plane l’indiffère ! Le soleil l’ennui ! Il ne voit pas le nuage ! L’eau ne lui dit rien ! Il veut sentir son ego et le fracas des armes ! Il veut commander, éprouver son pouvoir ! Il pleure et dit la lune indifférente ! Il se plaint parmi l’or de champs ! Il trouve le monde triste, devant la magnificence des neiges ! Il est en colère, alors que le lapin trottine ! Il donne des leçons à la beauté infinie de l’Univers ! »
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« Vous savez, Paschic, je suis fatigué ! dit Cool. Tout ce que vous m’avez appris est passionnant, mais en même temps désespérant ! Je suis maintenant effarée par le comportement des autres, par leur haine, leur égoïsme surtout !
_ Évidemment, plus on est sensible et plus l’injustice, la bêtise deviennent visibles et révoltent ! Mais observez bien et vous verrez que le Dom peut toujours aller dans le sens du bien ! Certains vont vous surprendre, en disant mieux les choses que vous !
_ Sans doute…, mais je ressens une sort de vide... Au fond, je crois que j’ai peur ! Avant de vous rencontrer, j’avais quand même une belle sécurité, celle de la famille ! Certes, je ne voyais pas le mal et je le faisais moi-même, mais j’ai l’impression d’être seule à présent… et cela m’effraie et me donne froid !
_ Je comprends, même si vous n’êtes pas seule, puisque la lumière à présent vous accompagne ! Vous savez, beaucoup, pour ne pas être seuls, exercent justement leur domination, leur tyrannie, et deviennent même violents, quand on veut leur échapper !
_ Mais pourquoi si peu se tournent vers la lumière ? »
A cet instant, Paschic crée de la nature autour de Cool, qui se retrouve soudain sur… un voilier ! « Mais qu’est-ce… ? s’écrie Cool. Oh ! Paschic, nous voilà en mer !
_ Oui, ça vous plaît ?
_ Mais, mais je ne sais pas naviguer !
_ Je vais vous apprendre ! Vous allez prendre la barre… Voilà, passer derrière moi… Attention, ça bouge ! C’est un tout autre univers !
_ Ouh ! J’ai failli passer à la baille ! Alors, comment on fait ?
_ La maniement de la barre est simple… Vous poussez la barre, on va à droite ! Vous tirez dessus et on va à gauche !
_ OK ! Mais où on va ?
_ Devant vous, il y a ce qu’on appelle un compas…, avec des degrés ! Pour l’instant, on fait route au 250… Vous voyez ?
_ Très bien !
_ Bon, essayez de maintenir le cap, comme on dit ! Sentez le bateau ! Détendez-vous sur votre banc… Imprégnez-vous des éléments !
_ C’est incroyable ! Quel dépaysement ! Merci, Paschic. Oh là, je suis partie de travers ! On est au 230 maintenant !
_ Revenez au 250, mais ne ne gardez pas les yeux sur le compas… Vous allez apprendre à naviguer en observant le bateau… Regardez vers l’étrave, que voyez-vous ?
_ L’étrave ?
_ L’avant ! Qu’est-ce qu’il y a là-bas ?
_ Des paquets de mer qui giclent !
_ C’est cela ! Sentez comme le voilier taille sa route !
_ C’est une lutte !
_ Oui, c’en est une ! Regardez maintenant la grande voile d’avant, qui s’appelle un génois… Que fait-elle ?
_ Elle est tendue, elle frissonne !
_ Elle travaille aussi ! En fait, tout le bateau travaille, pour ouvrir sa route, avec votre aide à la barre !
_ Ah ! Ah ! On vient de prendre un sacré paquet de mer !
_ Oui, sentez le vent ! On est un peu comme le goéland qui plane au-dessus des villes !
_ C’est la liberté !
_ La force !
_ L’énergie, Paschic ! Bon sang, c’est phénoménal !
_ Toute la force de l’océan entre en vous ! Toute sa démesure, sa sauvagerie infinie !
_ J’ai l’impression d’être plus jeune !
_ N’est-ce pas qu’il est brave ce bateau ? Regardez comment il attaque la vague, puis la suivante et encore la suivante !
_ Ouh là ! Faut que j’ fasse attention à la barre !
_ Allez, je vais vous apprendre à prendre un ris ! à diminuer la toile !
_ Ah bon ?
_ Oui, levez-vous… Vous allez rigoler !
_ Et je vais où ?
_ Direction le mât ! je vous guide ! Ne vous occupez pas de la barre, je la prends ! Eh ! Mais qu’est-ce que vous avez à tituber comme ça ? On dirait une ivrogne !
_ C’est qu’ ça bouge !
_ Ah ! Ah ! Bon, vous êtes au pied du mât ? OK, défaites le nœud qui est devant vous… et tirez la voile vers le bas ! Du nerf, bon sang !
_ C’est dur ! Je vous déteste, Paschic ! Homph ! Non, en fait, je vous adore ! Je n’ai jamais été aussi heureuse de ma vie ! »
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Les Doms (58-61)
- Le 08/06/2024
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"Au commencement était le cube!"
Transformer
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Le général Tautonus frappe du poing sur la table : « Nous le savons, Paschic est une menace pour nous ! Le GVI (grand vide intérieur), qui nous nourrit tous et qui légitime la présidence de la Machine, est formel : Paschic représente l’anti-domination par excellence, notamment grâce à son pouvoir de dislocation des atomes !
_ Il peut disloquer les atomes ? s’inquiète le professeur Ratamor.
_ Beaucoup de témoignages en attestent ! réplique le général. Il peut créer de la nature, où bon lui semble, ce qui enlève aux Doms leur domination et les fait paniquer !
_ Je ne puis vous croire… La matière…
_ Je ne suis évidemment pas un spécialiste ! Il vous appartiendra, professeur, de comprendre, sur un plan strictement scientifique, comment agit Paschic ! Pour l’instant, il nous faut prendre conscience du danger qu’il représente ! Nous l’avons vu donner de l’espoir aux plus pauvres ! Il a de l’influence sur la population ! Il fait courir en elle un vent de liberté, qui pourrait la conduire à la démocratie, ce qui bien entendu signerait la fin la Machine !
_ Ce qui ne se peut ! confirme Bona. La Machine est une bienfaitrice pour Domopolis ! C’est elle qui en assure l’unité ! Elle a redonné aux Doms leur fierté, leur grandeur ! Sans elle, le pays retournerait inévitablement au chaos !
_ Et du côté de la propagande, reprend Tautonus, vous avez trouvé un angle, pour discréditer Paschic ?
_ Eh bien, nous voulons le faire passer pour un agent de l’étranger, qui cherche à nous miner, à nous détruire, répond Lapsie.
_ Ce n’est pas mal, mais est-ce que ça va être suffisant ?
_ Avec Ganymir, nous rénovons aussi la foi, l’ancienne église ! Vous savez qu’il a un véritable don pour ça ! Ce que nous essayons de rétablir, c’est une morale, des valeurs que Dieu lui-même aurait mises en place ! De cette manière, nous pouvons faire passer Paschic pour un mécréant, un libre-penseur, aux mœurs douteuses, à la perversion avérée !
_ Bien, il finira par être haï, au nom de la morale ! Professeur, que se passerait-il si Paschic était jeté dans le GVI ?
_ Hein ? Euh… Eh bien, il est difficile de l’imaginer… J’ai moi-même contribué à la construction du GVI, qui a d’abord été créé au nom de la liberté, je vous le rappelle ! Son principe est le suivant : l’inconnu mène à l’angoisse, qui elle-même produit de la domination, pour être soulagée ! Or, vous me dites que Paschic est de l’anti-domination… et qu’il a même le pouvoir de disloquer les atomes ! Si nous jetons dans le GVI, il peut certainement y causer une catastrophe !
_ De quel genre ?
_ Mais dans le flux, il est possible qu’il se défende grâce à une bulle de nature, bien que je comprenne pas encore très bien comment cela fonctionne… Mais cette bulle pourrait faire exploser le GVI ! D’un seul coup, le dôme qui nous protège disparaîtrait ! La domination serait en péril et le GVI serait visible pour tous les Doms ! Vous avez parlé de panique, tout à l’heure…
_ Évidemment, nous ne pouvons pas prendre ce risque ! L’ordre nous est indispensable !
_ J’ai l’impression que ce Paschic, reprend Ratamor, veuille nous conduire à une nouvelle conscience… Mais est-elle scientifique ? Peut-on l’analyser avec la raison, ou bien relève-telle seulement du phantasme ? Il faudrait l’étudier, demander ce qu’il en est à Paschic…
_ Peuh ! coupe Lapsie. Sait-il lui-même ce qu’il fait !
_ On pourrait le défier ! s’écrie Bona.
_ Que voulez-vous dire ? demande le général.
_ Tout le monde connaît la légende de la porte qui mènerait les Doms au bonheur…
_ La porte de la Vérité ?
_ Exactement ! Demandons à Paschic de former une expédition, afin de la trouver ! Comme il échouera, il perdra tout crédit !
_ Hum… Comme vous le dites, c’est une légende… Paschic refusera sans doute de marcher…
_ Mais c’est lui-même qui en parle… Alors…
_ Très bien, j’en parlerai à la Machine !
_ Et s’il trouve effectivement cette porte ? intervient Lapsie. De quoi aurons-nous l’air ?
_ Eh bien, tout simplement, ce sera la fin du GVI, coupe Ratamor. Et au fond cela ne se peut ! La science est la seule vérité et elle contribue au GVI ! Elle ne dit pas aux gens comment penser, mais au contraire elle leur donne la liberté de le faire !
_ Suffit pour la philosophie, professeur ! Mais, dites-moi, ne serait-il pas possible de renforcer les pouvoirs de le Machine, en la plaçant elle-même dans le GVI ?
_ A l’intérieur même du GVI, la Machine se retrouverait sans domination… et elle serait donc détruite ! Le pouvoir de la Machine est une conséquence du GVI, mais il n’en est pas l’essence !
_ Tout cela me dépasse, professeur ! Je suis avant tout un soldat, aux ordres de la Machine… Bien, je crois que nous avons fait le tour de la question… et il ne reste plus à chacun que de donner le meilleur ! »
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Ce soir-là, Paschic et le docteur Cool essaient de profiter de la petite hausse des températures et ils se promènent sur un boulevard de la ville… Mais soudain des dizaines de personnes s’enfuient devant leurs yeux ! « Qu’est-ce qui se passe ? demande Cool.
_ Les morts ! Les morts sortent de leur tombe ! crie quelqu’un à la cantonade.
_ Les morts ? »
Cool et Paschic regardent le boulevard, maintenant désert ! Il y a d’abord un brouillard, puis le premier cadavre en sort ! Il est en putréfaction, pourri ! On voit une partie de ses os, sous des haillons ! Il a pourtant les yeux qui brillent, rouges, avec un air de colère et de haine ! Un second apparaît, puis un troisième et peu à peu, c’est comme une foule muette, cauchemardesque qui avance !
« Comment est-ce possible ? s’écrie Cool d’une voix glacée.
_ Regardez derrière ! répond Paschic. Le GVI ! »
En effet, au centre de Domopolis, le GVI, sous la forme d’une colonne bleuâtre, se dresse au-dessus de son bâtiment, et son flux s’éparpille, tels des tentacules innombrables, jusqu’à toucher les morts !
« C’est le GVI qui les ranime ! fait Cool.
_ Il crée de la peur et donc de la sur-domination ! C’est elle qui les fait tenir debout !
_ Mais alors, cela veut dire qu’ils veulent notre peau !
_ J’en ai bien peur! Venez, ne restons pas là ! »
Ils se mettent à courir ! « Mais comment arrêter des morts ? demande Cool, alors qu’ils font halte.
_ Il faut arrêter le GVI !
_ Arr… êtez le GVI ? Vous n’êtes pas sérieux !
_ Vous préférez rejoindre les morts ?
_ Non, bien sûr, mais nous sommes si petits ! Le GVI nous détruira à coup sûr !
_ Je vais entrer dedans, pour vous montrer le contraire !
_ Il n’est pas question que vous vous sacrifiez pour rien ! J’ai besoin…, on a besoin de vous ici, pour le futur !
_ Mais je ne vais pas être détruit par le GVI ! Ma vie n’est pas un mensonge… et le GVI ne peut rien contre la vérité !
_ Sur le papier, oui ! Mais qu’en est-il en réalité ?
_ On va le savoir ! »
Cool et Paschic se dirigent vers le flux bleuâtre du GVI, qui brille dans la nuit ! « Attendez-moi là ! dit Paschic. Si au bout d’une heure, vous ne voyez aucune variation dans le flux, rentrez chez vous…
_ Mais c’est insensé, Paschic ! Le GVI est bien plus fort que vous ! »
Mais Paschic n’écoute déjà plus et il se glisse dans le bâtiment, dont il doit rejoindre le sous-sol ! Là, il fait face au flux du GVI et fermement il pénètre à l’intérieur ! C’est un monde froid, plein de turbulences, d’où une voix sépulcrale se fait entendre : « Qui es-tu ? demande-t-elle à Paschic.
_ Je suis la vérité !
_ Ah ! Ah ! C’est moi, la vérité !
_ Pas du tout ! Tu es justement l’apparence, le mensonge, la folie !
_ Aaargh ! Je vais te détruire !
_ Cela ne se peut ! C’est moi, le réel et toi l’illusion ! Tu n’es que du vent et moi, je suis éternel ! »
Le flux redouble d’assaut contre Paschic, comme l’eau sur le rocher et à la fin il s’épuise et diminue ! Paschic en ressort et rejoint Cool ! « Paschic, vous avez réussi ! s’exclame-t-elle.
_ Je n’en suis pas si sûr ! Regardez ces hommes et ces femmes… Sont-ils vraiment vivants ? »
Cool regarde et voit des Doms rigides et pleins de haine ! « N’était leur chair intact, ils auraient en effet l’air d’être…
_ Comme les morts, n’est-ce pas ? Je crains que le GVI n’ait semé son poison…
_ Vous voulez dire que le GVI continuerait d’agir invisiblement… et nous serions entourés de morts ?
_ Nous n’imaginons pas cette haine, pas vrai ? Ils nous ont vus, Cool ! Il nous faut partir !
_ Mais c’est terrible !
_ Bof, voyez ça comme au théâtre ! »
60
Le général Tautonus va visiter les laboratoires ultra-secrets de l’armée dom ! Le professeur Ratamor l’accueille avec déférence, car la science, pour continuer d’être financée, n’a pas eu d’autres choix que de se mettre au service du pouvoir ! De toute façon, la vie quotidienne n’a pas cessé de se concentrer sur la Machine, puisque c’est son monde qui doit s’imposer ! Pourtant, cela ne s’est pas fait simplement… L’autocratie de la Machine s’est installée grâce à de bons sentiments ! La Machine a promis à son peuple qu’il retrouverait sa grandeur, son aura, sa puissance, ce qui va de pair bien entendu avec la prospérité et le confort de chacun !
Il a donc fallu faire confiance à la Machine, bien qu’il n’y eût plus qu’une pensée unique, sans opposition ! Lentement, Domopolis a été entraînée vers le fond, tel un sous-marin en panne ! Le seul son de cloche que reçoivent désormais les Doms, c’est ce que leur dit la Machine et elle leur représente un monde qui leur est hostile, menaçant ! Pendant ce temps-là, la Machine a le pouvoir absolu et s’enrichit grâce à la corruption : châteaux, fêtes, vie dorée des proches… ! L’hypocrisie de la Machine est sans bornes et pour que les Doms ne la voit pas, ne se révolte pas, alors que leur vie à eux est misérable, la Machine les entraîne dans une guerre… contre la nature, une grande guerre patriotique contre les arbres et les oiseaux, dont les attaques semblent se répéter !
Est-ce vraiment absurde ? Sans doute, mais une sorte de fièvre, celle de la Machine elle-même, s’est peu à peu emparé des Doms, leur enlevant tout jugement ! C’est que maintenant leur cerveau et celui de la Machine ne font plus qu’un, comme si tous ils habitaient ce dernier et les crises de la Machine, ses torpeurs, ses oublis, ses haines sont aussi les leurs ! En tout cas, il est un budget qui ne se dégonfle pas et c’est celui de la Défense ! Ainsi Ratamor a-t-il carte blanche pour inventer toutes sortes d’armes, toutes sortes d’engins, capables de détruire de toutes les manières ! C’est pourquoi il a invité le général Tautonus, afin de lui présenter sa toute nouvelle invention !
« Général, je vous présente Discor ! dit Ratamor, en montrant un robot plus grand qu’un Dom et dont l’airain brille comme un soleil couchant !
_ Ah ! Ah ! Et que peut-il faire ? J’imagine que ses yeux lancent des rayons laser ! que dans ses bras sont cachées des fusées !
_ Pas du tout, mon général ! Discor est le combattant du futur, celui de l’ère de la communication ! Sa seule arme, c’est la discorde ! Généré par l’IA, il nie tous les faits, balance les choses les plus grosses, tout et son contraire ! Il excite les moindres faiblesses de ses adversaires, les pousse à la haine, se réjouit de leur indignation, de leurs cris ! Il reste insensible aux arguments, à la simple raison, au bon sens, mais au contraire il s’acharne dans l’absurde, s’obstine dans la cruauté ! Il amplifie toutes les failles, brûle toutes les blessures !
_ Je suis déçu… J’espérais une véritable machine de guerre…
_ C’est parce que vous ne voyez pas encore les enjeux de demain ! C’est un serviteur du Relativisme ! Grâce à lui bientôt, il n’y aura plus de vérités universelles, de cohérence, d’harmonie entre les Doms ! Tout ne sera plus que complot, menaces, hontes ! Le ciel sera noir d’égoïsme ! Une chape de plomb s’abattra sur toute bonne volonté ! Tout bon cœur sera raillé, humilié ! Imaginez une curée permanente sur l’intelligence, des Discors rendant folles de haine des populations entières, qu’on pourrait manipuler à loisir ! un océan de boue !
_ Vous m’intriguez...
_ Essayez… Parlez à Discor…
_ Très bien… Bonjour Discor…
_ Bonjour général… On dit que vous avez été nommé à ce grade, à cause de votre père, un vieil ami de la Machine !
_ J’ose espérer que mes qualités ont quand même compté dans cette promotion…
_ Bien sûr général, mais si Domopolis n’avait pas provoqué la nature, on n’aurait pas eu besoin de vous nommer général !
_ Oh ! Mais vous n’y êtes pas du tout ! C’est la nature qui a attaqué Domopolis et non l’inverse !
_ Bah, tout cet argent contre des arbres ! Il serait certainement plus utile pour faire fonctionner les hôpitaux !
_ Mais nous devons nous défendre !
_ Que vous dites ! Et moi, je crois que si chacun s’occupait de ses affaires, le monde irait beaucoup mieux !
_ Mais c’est vous qui à l’instant parliez du fonctionnement des hôpitaux ? Ce n’est pourtant pas votre affaire !
_ Je ne peux pas me taire devant l’injustice !
_ Vous êtes surtout un bel hypocrite ! Soyez au moins logique !
_ Logique devant un pistonné ?
_ Espèce de… Vous avez raison, Ratamor, voilà une arme affreuse ! Mais elle fera notre malheur à tous ! »
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« OK, docteur Cool, je vais maintenant vous apprendre à combattre les Doms !
_ Ah ! Chic ! Eh, mais attendez ! Pourquoi combattrais-je mes semblables ?
_ Vous avez raison, le terme de combattre est impropre… Disons que c’est pour les rendre meilleurs, car il n’est pas question de détruire ! C’est mieux comme ça ?
_ Affirmatif ! Je suis toute oreille !
_ Très bien ! Rappelons d’abord quelques principes… Voyons, nous savons que ce qui fait vivre le Dom est d’abord sa domination ! Plus la domination est grande et plus elle engendre de frustrations et donc de haine ! La haine étant le pire… Ne perdons pas de vue ce principe de base : domination, frustration, haine !
_ D’accord !
_ Il faut donc lutter contre sa propre domination, pour éviter la chaîne fatale… et pour cela il n’y a qu’un seul moyen, le renoncement !
_ Le renoncement ?
_ Oui, le renoncement, qui lui-même n’est possible que grâce à la confiance, autrement dit la foi, qui n’est rien d’autre que de l’amour, c’est pourquoi le renoncement ne saurait être amer !
_ Ouh là ! Ouh là ! C’est que j’ suis un peu perdu là !
_ Ah ! Ah ! Je l’ai fait exprès ! Mais un renoncement, qui ne se ferait pas par amour, amènerait forcément de la tristesse et de la haine ! Imaginez que je dépose sur la table un gros gâteau… et que vous ayez faim ! Vous devez renoncer à manger du gâteau, à cause d’une règle, qui dit par exemple que le docteur Cool n’a pas droit au gâteau avant demain ! Que va-t-il se passer ? Vous allez penser que c’est une règle dure, mais que c’est la règle, hein ?
_ C’est vrai, ça va être dur !
_ Mais encore vous allez surveiller tout le monde, afin de voir si les autres obéissent aussi à la règle, car il n’y a pas de raisons que vous soyez la seule ! Et si jamais quelqu’un s’approche du gâteau…
_ Je lui saute dessus !
_ Voilà ! Pour que le renoncement conduise à la paix, il doit avoir pour guide l’amour ! Autrement, s’il ne vous conduit pas au bonheur, vous faites fausse route ! A chaque fois que vous renoncez, la fibre de l’amour doit vibrer en vous ! C’est un pas vers la confiance, vers la vérité, que vous devez sentir comme telle ! Si j’emploie le verbe devoir, ce n’est pas pour signifier une obligation ; c’est seulement une suite logique… Bon, prenons la patience… On simule la situation : tout le monde est énervé autour de vous… Vous sentez la pression... Vous y êtes ?
_ Hon, hon…
_ Efforcez-vous de vous détacher de l’impatience qui monte en vous… Devenez la maîtresse de votre égoïsme… Sentez le champ de l’infini s’ouvrir en vous… La spiritualité est comme une fleur, qui ne demande qu’à se développer, à condition qu’on lui laisse de la place... Attention, soyez prête au don, à la douceur, à l’amour ! Votre patience en témoigne ! »
A cet instant, le docteur Cool s’illumine ! « Bon sang ! Mais qu’est-ce qui se passe ? s’écrie-t-elle.
_ C’est la lumière ! Vous commencez à rayonner !
_ Waoouh ! C’est extraordinaire !
_ Faites jouer cette lumière, apprivoisez-là ! Elle s’empare de tout votre corps !
_ Je me sens plus puissante !
_ Et vous l’êtes ! Votre individualité grandit, à mesure que vous vous détachez de votre égoïsme !
_ J’ai l’impression que… le monde change ! que je ne le verrai plus de la même manière !
_ C’est le cas !
_ J’ai… j’ai peur !
_ C’est normal ! Vous changez et ça vous inquiète ! Mais la lumière va venir se concentrer dans vos yeux ! C’est votre regard qui va exprimer au maximum votre nouveau rayonnement !
_ Je ne peux pas vraiment m’en rendre compte…
_ Non, c’est en présence des autres Doms que vous sentirez toute la différence ! Et ils vous haïront pour cela !
_ Comment ça ?
_ Tous ceux qui veulent le pouvoir verront que c’est vous qui l’avez vraiment, par votre force spirituelle ! Mais, au lieu de se demander comment vous y êtes parvenue, ils voudront vous détruire, car vous serez pour eux un obstacle !
_ Mais ils pourraient faire comme moi !
_ C’est le drame des Doms ! Plus vous renoncerez, plus vous ferez place à la lumière et plus votre regard gênera les Doms ! Vous verrez, vous pourrez lire en eux !
_ Comme c’est excitant !
_ Ne vous emballez pas tout de même ! La route est longue ! »
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Les Doms (53-57)
- Le 01/06/2024
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"Je suis sûr qu'on peut se télétransporter dans la distorsion!"
Star Trek
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Un échange est organisé avec Ganymir, en présence de la Machine et du gouvernement, mais Paschic et Cool sont aussi invités ! C’est assez informel, car on boit et on mange, quoique Ganymir soit le centre d’intérêt et attire toute l’attention ! Il est aidé en cela par Lapsie, qui protège son « champion » et dont elle loue le génie ! Cool et Paschic s’approchent, flûtes en main, pour mieux écouter le prophète, qui dit : « Il n’y a pas de vérités universelles ! J’appelle cela le Relativisme ! On dit que le régime de la Machine n’est pas démocratique, mais qu’est-ce que la démocratie, qu’est-ce que la liberté ? Ne faut-il pas de l’ordre, des valeurs pour être heureux ? Et moi, je vous dis que la Machine est notre mère à tous et qu’elle veille à notre bien-être ! Les Doms ont une mission civilisatrice ! Ils doivent apporter la lumière dans le monde ! »
On applaudit ces propos, on se réjouit de se sentir les plus forts ! Paschic prend la parole : « Je crois comprendre que vous prônez la puissance, le pouvoir, qui s’opposent naturellement à la liberté individuelle, à la tolérance et même à l’amour ! Et c’est pourquoi, sans doute, vous inventez le Relativisme, vous niez les valeurs universelles, car elles gênent vos ambitions !
_ Vous êtes Paschic, n’est-ce pas ? L’homme qui parle aux arbres, celui que certains appellent le Réparateur, hi ! hi ! Mais, cher monsieur, on ne fait pas de la politique avec de la poésie ! Il faut être réaliste ! Maintenir toute une population demande de la poigne !
_ Vous voulez dire que conserver le pouvoir est ennemi de la démocratie !
_ Mais les gens n’ont pas besoin de penser ! Du moment qu’ils sont chauffés et nourris, que peuvent-ils souhaiter de plus ? C’est à nous, l’élite, que revient la lourde tâche de prendre des décisions !
_ Ah bon ? La pitié, la compassion ne vous touchent pas ?
_ Pour qui me prenez-vous ? pour un monstre ? Moi aussi, je suis sensible ! Mais il n’y a pas de véritables libertés sans ordre, sans valeur morales ! Qu’est-ce que vous voulez ? Le chaos, le grand n’importe quoi ?
_ Je peux déjà vous énoncer une vérité universelle, puisqu’elle vient du règne animal ! Plus nous avons peur et plus nous avons le réflexe de dominer ! Autrement dit, plus nous avons peur et plus nous voulons diriger et supprimer toute opposition, toute différence ! Plus nous avons peur et plus la démocratie nous dégoûte !
_ Ah ! Ah ! Mais, cher monsieur, je n’ai pas peur !
_ Oh ! Mais si, vous avez peur, car nous avons tous peur et nous sommes tous très petits ! C’est le pouvoir qui nous donne l’illusion du contraire ! C’est lui qui nous aveugle et qui nous rend haineux, quand il est menacé ! Car alors la peur refait son apparition...
_ Bien, je vois que vous voulez à tout prix avoir raison ! Il nous faut donc vous laisser parler ! Et donc quelles seraient les solutions pour l’avenir selon vous ?
_ Eh bien, il nous faut déjà trouver un autre remède à la peur que celui de la domination ! Sinon, nous entrerons dans une ultime guerre, qui anéantira la planète ! Mais, comment guérir de sa peur sans le pouvoir ? Voilà la question !
_ Mon Dieu, comme vous êtes sérieux ! coupe Lapsie. Ne pouvez-vous pas faire comme nous… et vous réjouir du moment ?
_ C’est vrai, je ne suis pas chic…
_ Vous nous avez posé une question, reprend Ganymir, mais vous-même n’y avez pas répondu !
_ Je ne peux pas tout vous mâcher… Je vous demande seulement de réfléchir au rapport domination et peur… et voir combien il est préjudiciable…
_ Monsieur est trop bon ! se gausse Ganymir. Et moi, je vous dis que la force est la solution ! Nous, les Doms, devons êtres fiers de ce que nous sommes ! Le Dom, un jour, dirigera le monde ! Nous serons un exemple pour tous ! Et la nature, dehors, n’aura qu’à bien se tenir !
_ Et moi, je vous dis qu’on ne guérira pas de la peur, par une surenchère de force ! Il est d’abord nécessaire de se débarrasser de sa propre peur… et il est vain de croire y arriver sans spiritualité !
_ Et allez donc ! Revoilà les bondieuseries ! coupe de nouveau Lapsie.
_ Seriez-vous un intégriste ? demande Ganymir à Paschic.
_ Comme je vous l’ai dit, je suis un ennemi de la domination ! Je n’impose donc rien ! Mais c’est pouvoir s’offrir qui sauvera le monde ! C’est en aimant l’autre malgré sa différence qu’on le rassure et qu’on le fait grandir ! Mais, encore une fois, cela n’est possible que si soi-même on n’a plus besoin de dominer !
_ Pff ! Les mystiques n’ont rien à faire en politique !
_ Le réchauffement climatique ne sera pas réglé par une lutte entre les pouvoirs ! Le destin de l’humanité est le développement de la conscience individuelle ! Notre avenir, c’est la fin de l’égoïsme ! »
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« Qu’est-ce qu’il est barbant, ce Paschic ! dit Lapsie à Ganymir, une fois que tous les deux se retrouvent dans l’appartement de la première.
_ Bah ! C’est un perdant ! Et il le sait !
_ C’est pire que ça ! C’est un d’ ces narcissiques, qui jugent le monde et ne savent pas s’adapter !
_ Ses frustrations sont en effet évidentes ! Un dernier verre ?
_ Oui, volontiers… Tu trouveras tout ce qu’il faut dans le bar là-bas… Tu sais, c’est le genre de gars qui, quand ils sont jeunes, se tiennent sur la touche, en regardant les autres s’amuser ! On dirait qu’ils boudent et ils se jurent alors qu’il se vengeront un jour, du peu d’intérêt qu’ils suscitent !
_ Ils veulent mettre les autres aux pas, pour se faire aimer !
_ Exactement ! Ils donnent des dictateurs, des fanatiques !
_ Alors qu’il leur suffirait de s’ouvrir aux joies du sexe !
_ Ah ! Ah ! Je te vois venir !
_ Et ?
_ Eh bien, viens m’embrasser ! »
Plus tard, quand les corps sont apaisés et couchés, Ganymir a un étrange rêve ! Il sent qu’il y a une vive lumière à ses pieds et que celle-ci monte en lui ! Comme il en a peur, il essaie de la fuir, en fermant des portes, mais à chaque fois la lumière les fait exploser et les traverse ! Finalement, au moment même où il sent qu’il va être rejoint et envahi, il se réveille brusquement, en sueur, ce qui provoque le réveil de Lapsie !
« Qu’est-ce qu’il y a ? demande-t-elle. Tu es tout en nage !
_ Un cauchemar ! J’ai fait un affreux cauchemar !
_ Mon pauvre chéri ! Viens par ici… Là, ce n’est rien, rendors-toi…
_ Tu sais, ça a à voir avec ce… Paschic ! Je ne sais pas pourquoi, mais je le sens ! Il est dangereux, ce type !
_ Je sais… Il pose un problème… Mais il est connu… On l’aime et on ne peut pas le supprimer comme ça !
_ Bien sûr, mais on pourrait le discréditer ! Tes services sont là pour ça, non ? Est-ce qu’il paye bien ses impôts ? On pourrait lui reprocher de frauder le fisc, augmenter toujours les arriérés, de sorte qu’il aille en prison ?
_ Ça ne convient pas pour le personnage… Il serait chef d’entreprise, ce serait en en effet la solution, mais là… On attaque pas un idéaliste, avec des histoires d’argent…
_ Bon, si tu le dis... Alors, accusons ses mœurs ! Trempons-le dans une affaire de pédophilie ! Hein ? Rien de tel pour choquer les gens !
_ Évidemment, sa réputation en prendrait un coup ! Mais je voudrais que son cas puisse faire avancer notre politique !
_ Je ne te suis pas très bien…
_ Je ne sais pas si tu as remarqué…, mais il a l’air de venir de l’étranger ! Il y a quelque chose chez lui qui fait penser qu’il n’est pas de Domopolis !
_ Oui, tu as raison… Il n’a pas le type même du Dom !
_ C’est cela ! Imagine maintenant que l’on dénonce à travers lui une influence étrangère néfaste pour notre mode de vie, pour la sécurité de Domopolis ! Non seulement nous nous débarrassons de lui, mais en plus nous affirmons la menace d’une puissance étrangère et nous demandons plus de pouvoir, pour lutter contre elle !
_ Bon sang ! Tu es machiavélique ! Je ne vous vois déjà tous les deux au firmament ! Nous serons intouchables et je pourrai commencer à entrer en guerre contre la nature !
_ Quand je te disais que tu pouvais me faire confiance !
_ Oui, j’ai misé sur le bon cheval !
_ Comment ? Tu me prends pour une jument ?
_ C’est affectif ! C’est même purement sensuel !
_ Je comprends… Alors montre-moi que tu es un vrai pur-sang ! »
Dans un coin de la pièce, malgré les ébats à laquelle elle assiste, se tient une vieille dame, bien silencieuse, qui ne dit jamais rien ! Personne n’a jamais vu son visage, mais tout le monde connaît sa faux, dont l’acier brille dans la nuit ! C’est elle qui donne à la vie sa réalité !
55
Peu de jours après, Ganymir et Lapsie font un grand discours du haut de la tour du Pouvoir, avec l’approbation de la Machine et devant une foule dense ! « Nous sommes entourés d’ennemis, qui veulent détruire notre mode de vie, nos valeurs et nos libertés ! Allons-nous supporter cela ? N’allons-nous pas réagir, par mollesse ? Ne sommes-nous pas forts ? Ne sommes-nous pas fiers de notre pays ? Nous, les Doms, allons-nous dire à l’ennemi : « Mais voyons, entre dans ma maison ! Pille-la ! Prends ma femme et insulte mes enfants ! » Allons-nous dire cela, alors que la menace est à nos portes ? Ou bien…, ou bien allons-nous prendre les armes, suivre l’exemple de nos pères, ces héros ? »
« Les armes ! Les armes ! », « Au combat ! », « A bas l’ennemi ! » entend-on ici et là parmi la foule, qui lève des bras, montre sa colère, sa rage, qui fait jouer ses muscles ! Mais derrière il y a un mouvement, qui oblige les gens à se retourner, à s’écarter ! Un nouveau flux de Doms pénètre le précédent, mais ne s’y rajoute pas ! Ce sont des Doms bien différents ! Ils ont l’air plus vieux, moins vigoureux, plus courbés ! C’est le peuple de l’ombre, de l’anonymat, celui qui toujours subit, qui jamais ne s’enchante dans la lumière, qui vit chichement, qui est habitué aux coups des puissants et du sort, qui est malade à force d’avoir peur ! C’est le peuple des sans-grades, des sans voix, voûté, sombre, traînant, sur cette planète perdue dans le cosmos !
On le laisse passer, presque par dégoût, à cause de son allure de limace ! Puis, sous la tour, son porte-parole s’adresse à Ganymir : « Donne-nous de l’eau, toi, le prophète ! Donne-nous l’eau de la vie ! Donne-nous de l’espoir ! Nous sommes les assoiffés, les désespérés ! Nous voulons boire, nous rafraîchir ! Donne-nous de l’espoir, nous t’en prions !
_ Je te donnerai ce que tu désires, grand-père ! Je te donnerai la victoire sur le champ de bataille ! Tu entendras parler de nos exploits et tu te réjouiras dans la chaumière ! Tu seras fier de notre gloire ! Tu parleras aux enfants de tel ou tel soldat, qui aura tué l’ennemi ! Tu chanteras l’obus qui aura percé le char ! Tu raconteras comment tel missile est tombé juste sur le camp adverse ! Le feu du combat réveillera tes veines, te tiendra chaud ! Tu rêveras les yeux fermés de notre grandeur, de la grandeur des Doms !
_ Excuse-moi, mais je n’ai plus l’âge des illusions ! Comment pourrais-je me réjouir du cri de douleur de la femme et de l’enfant ? Je suis déjà une ruine et je voudrais en voir partout ? Crois-tu que les morts se comptent comme des buts de football ? Je t’ai demandé à boire, car nos cœurs ont soif ! Nos âmes sont asséchées et tu nous donnes du sang ! de la poussière, des larmes et les fracas des bombes ? Où est l’espoir là-dedans ?
_ Mais nous n’avons pas le choix ! L’ennemi est à nos portes et a juré notre perte ! Il nous faut nous défendre !
_ Je ne vois pas d’ennemis envahir le pays… Tout est comme avant… Tu sembles t’exciter toi-même ! N’est-ce pas toi l’ambitieux ? N’est-ce pas toi qui veut la guerre, pour te rendre important ? Nous, on ne croit plus aux ambitions ! La lumière des médias nous fatigue ! Les querelles du pouvoir aussi ! L’argent même nous dégoûte ! Donne-nous à boire, de l’espoir ! Donne-nous le cœur à vivre !
_ Très bien ! Qu’on leur apporte les jarres de l’amitié ! Qu’ils étanchent leur soif ! »
Des jarres sont sorties par les portes de la tour et sont placées devant la foule des malheureux ! On y puise et on verse une eau noire dans les bols ! « C’est l’eau de la corruption ! s’écrie le vieux. N’en buvez pas mes enfants ! C’est l’eau du pouvoir qui s’enrichit par le crime et la malversation !
_ A la fin, tu nous ennuies, le vieux ! réplique Ganymir. Gardes, chassez ces gueux, ces loqueteux ! Ces ratés ! Allez, la racaille ! On fout le camp ! Le cirque a assez duré ! »
La police intervient, on bouscule le vieux, on le piétine et on chasse le reste à coups de matraque ! C’est la panique, des cris, des pleurs, des chocs ! Puis, dans la mêlée se dressent subitement des tiges vertes, couvertes de perles de rosée étincelantes ! Leur éclat et leur fraîcheur sont tels que le peuple des gueux n’y résiste pas ! Ils boivent les gouttes avec avidité, ils se régalent et leur visage s’éclaire ! « Qu’est-ce que cela ? disent-ils. D’où cela vient-il ? Eh, Mais c’est ce Paschic qui crée ce miracle ! Il est là ! Gloire à Paschic, qui nous donne de l’espoir !
_ Buvez mes amis ! fait Paschic. Soyez consolés ! Je vous donne un peu de la vérité !
_ Vive Paschic ! »
Au balcon du pouvoir, les visages se ferment ! La haine se lit sur tous et on n’y jure plus que la perte du perturbateur, du Réparateur !
56
Qu’est-ce qui a fait de Domopolis une dictature ? Ce n’est pas seulement la personnalité de la Machine, mais ce sont aussi les ressources du sous-sol ! En effet, Domopolis et ses environs s’étendent sur d’immense réserves de gaz et de pétrole, ce qui donne aux Doms une économie « rentière », qui n’a pas besoin d’être libérale, en favorisant la création d’entreprises ! Tant que Domopolis vend son pétrole ou son gaz, le pays fonctionne et il a suffi à la Machine de prendre le contrôle de cette exploitation, pour assurer la pérennité de son règne ! Pourquoi se soucier de la liberté, quand elle n’apparaît pas nécessaire ?
Ici, on doit prendre en compte la psychologie de la Machine…, car elle aurait pu profiter des richesses de Domopolis, afin de viser le bonheur des Doms, mais la Machine est issue d’un milieu très pauvre et elle a été marquée par le manque et un profond sentiment d’insécurité ! Elle a donc cherché, en même temps qu’elle accédait au pouvoir, à s’enrichir personnellement, ce qui lui évitait de se retrouver sans le sou, après une défaite électorale ! En puisant dans les caisses de l’État, la Machine a été la première à montrer aux Doms qu’on ne pouvait réussir sans la corruption et dès lors le libéralisme n’a plus été possible !
Il y a une troisième chose qui a conduit Domopolis à la dictature et c’est l’histoire même des Doms ! Pendant longtemps ils ont été sous l’emprise d’une idéologie mortifère, qui soupçonnait tout le monde et qui se débarrassait de ses adversaires, par les moyens les plus lâches et les plus cruels ! La Machine a été éduqué par ce système et elle ne connaît pas le dialogue, l’affrontement démocratique, par des arguments ! Au contraire, dès qu’elle se sent menacée, elle a recours à de fausses accusations (fraude, drogue, pédophilie…) et même au meurtre, pour détruire ses adversaires ! La paranoïa de l’ancienne idéologie ne l’a pas quittée et dans ces conditions, elle interdit également que la lumière soit faite sur la véritable histoire des Doms, puisque ce serait lui tendre un miroir !
Mais, aujourd’hui, on organise une partie de chasse hors de la ville, dans une étendue quasi désertique, pour le plaisir de l’élite de Domopolis ! Chacune a son arme : la Machine, Bona, Lapsie, Tautonus, Ganymir, monsieur Nuit, le duc de l’Emploi et quelques autres ! On est placé sur des véhicules motorisés, pour suivre l’événement et tirer sur le gibier, mais en l’occurrence il est très spécial, car c’est une femme, très belle, très vigoureuse, mais qui dans sa cage regarde avec inquiétude ce qui est en train de se passer !
On la libère cependant et on lui donne une certaine avance, pour le sport ! La femme se met à courir et sa foulée est une merveille à voir ! On sent qu’elle a de l’endurance, qu’elle est habituée à l’effort et cela excite d’autant plus les chasseurs, qui font vrombir leurs véhicules, qui se lancent à l’assaut des collines, qui scrutent l’horizon, avant de crier : « Là voilà » et c’est la ruée ! On commence à tirer, de loin… On en a l’eau à la bouche, on est totalement sous l’effet de l’adrénaline ! Mais la femme est exceptionnelle : elle échappe à toutes les balles et semble inatteignable ! On se rapproche, on jure, on manque de se percuter, on est gagné par la colère et on vise moins bien ! Pire, un chauffeur est tué et un équipage se retourne ! Il faut porter secours aux blessés et l’exaspération est à son maximum ! Il ne reste plus qu’un moyen pour détruire la proie : les hyènes de la propagande !
Elles ont été transformées génétiquement, ce sont des monstres ! Elles n’ont qu’un but, déchirer et tuer ! Elles poussent leurs cris lugubres, qui rendent fou, qui font croire n’importe quoi, qui imitent les chants de la sirène aussi bien que les rugissements du lion ! On est terrorisé avant même leur attaque, car leur côté veule ajoute à leur férocité ! Elles enlèvent tout jugement et on leur est soumis ! Mais voilà les fauves sont lâchés ! C’est une vraie meute, aux méthodes tentaculaires ! Elle se disperse pour mieux frapper !
Elle aussi vient de l’ancienne idéologie dictatoriale ! La propagande a toujours servi le pouvoir et a maintenu Domopolis dans l’isolement, racontant déjà à ses habitants qu’ils étaient entourés d’ennemis, d’un monde hostile et que parmi eux vivaient des espions et des traîtres ! Déjà elle manipulait les faits et l’histoire, écrasant sans pitié la contradiction !
Mais la nuit vient et joue en faveur de la femme ! De là où ils sont, les chasseurs ne savent plus quoi penser… Ils ont beau observer les lointains, ils n’ont aucune réponse ! Là-bas, on n’entend plus la meute, aucun signe de la curée ! La femme a-t-elle réussi à se sauver, grâce à l’obscurité ? On s’énerve, le plaisir est gâché ! Quelqu’un demande qui est cette femme, pourquoi l’a-t-on choisie, quel est son nom ? On lui répond qu’elle s’appelle Vérité !
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Paschic remarque que bon nombre de Doms portent un collier qui signale leur état d’esclave ! Cela avait d’abord échappé à Paschic, car ce collier n’est pas évidemment visible et pourtant ceux qui en sont ceints ont souvent une vie qui leur pèse, occupée à des tâches pénibles, avec une attitude misérable ! Ils se révoltent par ailleurs régulièrement… Exaspérés par leur condition d’esclaves, ils manifestent, parfois très violemment, contre le gouvernement de la Machine, qu’ils accusent d’être à l’origine de leur triste sort !
C’est lors d’un de ces soulèvements que Paschic se met à s’intéresser à ce collier… Il est fait d’un acier spécial, ce qui rend son ouverture tout aussi particulière ! Mais Paschic reconnaît l’acier de Tortoren, une planète où il a vécu autrefois et qu’il a longtemps observée… Sur Tortoren, l’acier est liquide et il coule entre des pierres noires, en produisant de petites gerbes argentées ! Si on les contemple, on finit par comprendre leur langage… Elles ont un effet hypnotique et deviennent le miroir de la conscience ! Le « chant » de Tortoren est bien connu pour ses vertus apaisantes, mais, ce que l’on sait moins, c’est qu’il développe le cheminement intérieur, éclaire la connaissance et révèle des secrets !
En voyant ces colliers, en acier de Tortoren, Paschic ne peut s’empêcher de crier aux manifestants : « Moi, je sais comment vous libérer ! Je connais le système d’ouverture de vos colliers ! Laissez-moi vous les enlever ! » C’est d’abord la surprise dans les yeux de ceux à qui ils s’adressent, puis l’incompréhension laisse place à de l’irritation, de la colère : « Qu’est-ce que tu veux, toi ? demande-t-on à Paschic. Tu es avec eux, avec le gouvernement ?
_ Pas du tout ! Je sais seulement comment on ouvre ces colliers ! C’est l’acier de Tortoren ! Je peux vous rendre libres !
_ Comment pourrais-tu nous aider, si t’es pas du gouvernement ! Ces colliers, ils viennent du gouvernement ! C’est lui qui nous a fait esclaves !
_ Vous vous trompez ! Je peux vous le montrer sur le champ !
_ Voyez-vous ça ! Eh, les gars, y a une mouche de la police parmi nous ! Elle veut nous diviser ! »
Plusieurs manifestants s’en prennent maintenant à Paschic… On commence à le pousser, puis un coup part, suivi d’un second ! Paschic va succomber, quand il est tiré en arrière par le docteur Cool, qui se met à crier sur Paschic : « Mais t’es encore saoul, ma parole ! T’es là à jouer les caïds, alors que le ménage t’attend toujours ! Et les gosses, qui va s’occuper des gosses ? Sale fainéant ! » Face à ce qui ressemble à une scène de couple, on laisse Paschic et on ricane : une grande gueule qui est sous la domination de sa femme !
Paschic et Cool peuvent s’éloigner… « Eh ben, dis donc, fait Cool, j’ai bien cru qu’ils allaient vous massacrer ! Non mais qu’est-ce qui vous est passé par la tête ?
_ Je vous remercie… Ouille… Je voulais juste les libérer…
_ Les libérer ?
_ Oui, leur collier est de Tortoren… J’en connais l’ouverture, mais ils croient que c’est le gouvernement qui en détient la clé !
_ Même pas ! La lutte contre le gouvernement n’est qu’un prétexte ! Ils le savent bien au fond, allez…
_ Qu’est-ce que vous voulez dire…
_ Il existe une vieille légende dom, au sujet de ces colliers… Elle raconte que si on les enlève, le Dom s’envole ! Il n’a plus de pesanteur ! C’est d’ailleurs pour ça que ces colliers sont appelés colliers gravitationnels !
_ Mais c’est insensé !
_ Insensé ou pas ! Le Dom y est très sensible, à cette légende, ou cette superstition, si vous voulez !
_ Même vous ?
_ Même moi ! C’est bête, hein, hi, hi ! Mais, en tout cas, imaginez le sentiment de ces gens, quand vous leur avez proposé d’ôter le collier ! C’est la peur essentiellement qui les a fait réagir ! la peur de s’envoler, d’être en proie à tous les vents !
_ Je comprends… Ouch, j’ai mal au cou maintenant !
_ Dites, vous êtes sûr pour l’acier de Tortoren ? Non parce que moi, je voudrais être complètement libre !
_ Oui, je vous apprendrai ce secret… »
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Les Doms (49-52)
- Le 25/05/2024
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"Et tous ces morts parce que mon père a aimé votre mère!"
Blue Ruin
49
Au pied du GVI (Grand Vide Intérieur), que d’aucuns appellent encore le GPI (Grande Peur Intérieure), il existe un service dit des Bocaux ! Des Doms, en grand nombre, vêtus de blouses, saisissent les cerveaux de ceux qui viennent de mourir et qui ont compté dans la société ! Ces cerveaux sont finement analysés, nettoyés, vidés, avant d’être placés dans un bocal étiqueté, pour rejoindre l’immense Cerveauthèque des Doms !
Cet incessant et minutieux travail est effectué au nom de l’objectivité, qui permet aux Doms de se situer et de ne pas s’égarer ! Ils y voient là la garantie de leur liberté et même de leurs doutes ! En répertoriant chaque pensée, ils neutralisent, croient-ils, toutes les passions et leurs pièges : fausses croyances, intégrisme, sublimations néfastes, partis pris, rêveries creuses, etc. ! Ainsi, grâce à leur Cerveauthèque, les Doms se félicitent de leur lucidité et même de leur courage, car devant la mort ne gardent-ils pas les yeux ouverts, ne sont-ils pas dépourvus d’illusions ?
Ils ont d’ailleurs d’étranges formules, par exemple : « Celui qui craint la mort craint d’abord la vie ! », «Triomphe de la mort par la reproduction (ce qui n’est plus vraiment valable, avec le réchauffement climatique… et les Doms d’ailleurs ne se reproduisent plus, à l’instar des animaux, quand ils jugent les conditions de vie défavorables!) ! On peut encore entendre : « Sois spirituel sans Dieu ! », ce qui est assez énigmatique, mais le Dom, on le voit, a à cœur de trouver un sens à sa vie, voudrait combler le GVI, comme si la Cerveauthèque ne constituait justement pas l’énergie du GVI, avec tous ses bocaux étiquetés servant de piles !
Toujours est-il que l’une des personnes responsables de la Cerveauthèque est l’incomparable Lapsie, véritable cerbère du soi-disant libre-arbitre ! Dans son bureau et visibles sur les murs, on trouve des slogans du genre : « Morts aux PN (Pervers Narcissiques) ! », « Je suis objective, vous ne l’êtes pas ! », « Tout est projection, sauf moi ! », « Le sexe est mon credo ! », « Votre ombre vous trahit ! », etc. ! On sent tout de suite qu’on est en face d’une femme forte, à qui on ne la fait pas ! C’est un mur inaccessible pour le naïf, le rêveur, le faible qui se plaint tout le temps ! Nous sommes ici en guerre, pour la raison contre les bavardages inutiles !
En face de Lapsie se tiennent deux agents du GVI, Tom et Pom, deux serviteurs zélés de l’impartialité ! « Je vous ai fait venir, dit Lapsie, car ce Paschic m’inquiète ! Vous savez comment déjà on l’appelle ? Le Réparateur ! Car il il serait celui qui répare le lien entre les Doms et la nature ! Rien que cela ! Je voudrais que vous me calibriez ce type, que vous lui fassiez un peu peur, afin qu’il rentre dans le rang ! »
A cet instant, une alarme se déclenche, pour indiquer que le taux de passion dans le bureau a dépassé la norme, signe que les esprits s’échauffent outre mesure ! Cette alarme fonctionne comme un détecteur de fumée, mais en s’appuyant sur le niveau sonore et la température des corps ! Car le GVI présente au moins un paradoxe : s’il est là pour garantir la liberté, au service de l’objectivité, il crée aussi de la peur et de l’angoisse, ce qui mène inéluctablement à la haine, l’agressivité et la violence ! Même une femme aussi avertie que Lapsie ne peut échapper à ce phénomène et bien que scientifique, elle cède à son envie de pouvoir, pour reprendre le contrôle et retrouver sa sécurité ! Heureusement, les dirigeants, dans leur infinie sagesse, ont donc installé des alertes dès que la passion devient aveuglante !
« Vous allez chahuter ce fumier ! chuchote maintenant Lapsie. Vous lui donnerez un bon avertissement, pour qu’il sache qui est le maître ! » Lapsie prononce ces dernières paroles d’un air dégagé, comme si elle avait repris tout son sang-froid et Tom et Pom partent en chasse ! Cependant, les agents du GVI ne sont pas réputés pour leur vitesse, parce qu’il faut qu’à chaque pas ils vérifient la loi de la gravitation et ils ont l’air ainsi de cosmonautes lourdement harnachés !
On peut les voir venir de loin et s’enfuir, mais s’ils vous saisissent, alors vous êtes perdu ! Le poison noir du GVI vous atteint ! Vous voilà en train de soupçonner tout le monde et toute chose ! Vous demandez à présent des comptes, vous n’achetez plus chat en poche, votre liberté est à ce prix ! Les idéologies tremblent devant votre regard pénétrant ! L’obscurantisme honteux rentre sous terre ! Même le maquignon le plus roué échoue à vous tromper et mange son chapeau ! Mais ce ne sont là que les avantages, car en même temps le malheur le plus profond, le désespoir le plus sidéral viennent vous ronger, au nom de votre lucidité, telle la rouille attaque le fer ! Il n’est donc pas étonnant que vous aussi vous vous mettiez à répéter les formules étonnantes du GVI et à en inventer d’autres ! Il vous faut espérer, car la situation est intenable ! Les théories les plus folles vous effleurent ou les messages les plus optimistes sortent de votre bouche ! Par exemple : « C’est la science qui m’a mis dans c’ merdier ! C’est la science qui m’en sortira ! » Évidemment, un telle bravoure, un tel stoïcisme provoquent les applaudissements !
50
Comment s’en sortir quand on est touché par un agent du GVI ? Il existe un remède inventé par le GVI lui-même ! Pourquoi ? Mais, comme on l’a dit, le GVI produit aussi de l’angoisse, dont il veut aussi se soulager lui-même, pour diminuer notamment le peuple des Enfants perdus ! Le GVI est donc contraint de lutter contre ses conséquences ! Encore faut-il qu’il les découvre !
Mais le GVI n’est pas bête et il s’est aperçu que l’angoisse n’est pas seulement psychologique, mais encore biologique ! Il a ainsi créé une pilule dite la Bleue, à cause de sa couleur ! La Bleue agit d’une manière plus ou moins directe sur les hormones du cerveau et elle fait que l’individu quitte sa geôle misérable et son pain rassis, pour l’univers coloré et rieur des gagnants ! C’est une sorte de dopage en quelque sorte ! On rigole sur son vélo, en attaquant le sommet, alors que les autres tirent la langue en bas du col ! L’idée, c’est de désinhiber le malade, pour lui montrer qu’un autre monde est possible !
Évidemment, arrêter la Bleue brusquement peut avoir des conséquences dramatiques, car l’univers des gagnants, des extravertis, des gens qui semblent parfaitement équilibrés, est artificiel et faux ! La Bleue maintient dans une illusion et ne guérit pas réellement de l’angoisse, puisque le GVI, son inventeur, ne se voit pas déjà lui-même ! L’arrêt de la Bleue fait tomber le Dom de son palais enchanté dans un abîme sans fin ! La nuit reprend ses droits, car jamais on ne l’a vraiment regardée en face !
Le GVI est bien conscient des inconvénients et des limites de la Bleue, et il préconise au malade de suivre encore une thérapie ! Le Dom angoissé doit donc prendre en compte que c’est lui le problème, nullement le GVI ! C’est lui qui est appelé à changer, mais pas le GVI ! Or, c’est le GVI qui produit de l’angoisse ! Pour garantir son équilibre, le GVI écrase les plus faibles ! Il se sert d’eux, pour ne pas sentir sa propre angoisse ! Ce sont les victimes du GVI qui souffrent et on leur dit plus ou moins que c’est de leur faute ! Le GVI s’essuie les pieds sur les angoissés, pour rayonner et faire croire qu’il est sain ! Donc, malheur à ceux qui ne connaissent pas l’angoisse ! Car ils exploitent les autres ! Ceux qui sont rongés par l’anxiété sont plutôt des doux, bien plus près de la vérité que le GVI !
Il est nécessaire de connaître le fonctionnement du GVI, pour non seulement le stopper, mais encore guérir vraiment soi-même de son angoisse ! Le GVI se nourrit de la domination, c’est l’aliment qui le fait tenir debout ! C’est simple à vérifier : dès que le GVI est menacé, autrement dit dès que sa domination est contrainte, il a une réaction hostile, agressive, voire destructrice ! Son angoisse apparaît et sa haine suit ! Cela prouve qu’il est bâti sur un mensonge, car il n’y a pas de force sans vérité et la force n’a pas besoin de se montrer violente ! Au contraire, l’opposition dont elle est l’objet, la conduit soit au rire, soit à la compassion ! L’un des indicateurs de la présence du GVI, c’est bien l’énervement, l’irritation, la sournoiserie, le désir de vengeance, etc. !
Mais celui qui essaie de guérir de son angoisse doit comprendre qu’il est d’abord une victime, même si sa sensibilité peut s’avérer excessive ! Car, dans la plupart des cas, on a eu intérêt à le piétiner, afin d’assurer sa propre domination ! Par exemple, quand l’enfant est trop lent, avec de faibles résultats scolaires et qu’il pourrait faire honte à la famille ! On s’attendra encore à être le but d’attaques, plus on s’épanouira et on sera libre, car alors on résiste à la domination, on lui échappe, ce qui provoque sa colère et son déséquilibre ! Cela vaut de nouveau si on s’efforce de briser la vitrine du GVI, pour le révéler tel qu’il est ! Cela non plus ne sera pas pardonné ! Tout ce qui touche à la domination du GVI est comme enlever son écuelle à un chien affamé ! On peut y laisser les mains ! En résumé, nul espoir d’éradiquer l’angoisse sans connaître le GVI !
Mais, pour l’heure, les agents du GVI, Tom et Pom, décident de s’occuper de Paschic par la bande, afin que ce soit moins voyant ! Tom et Pom vont voir des extrémistes, des gens donc qui ont le cerveau de la taille d’un petit pois et qui sont toujours prompts à crier à et à se mettre en colère, à cause de leur paresse ! « Les gars, dit Tom, il y a en ce moment un gars à Domopolis qui nous pose des problèmes...
_ Ouais, approuve Pom, un nommé Paschic…
_ Celui qui parle aux arbres ? fait le chef des extrémistes.
_ Tout juste…
_ Le Réparateur ! Hi ! Hi !
_ Et vous savez ce qu’il fait, c’ gars-là ? reprend Tom. Il menace l’ordre !
_ Ouais, ce qu’il veut, c’est le bordel ! renchérit Pom.
_ C’est pas vrai ?
_ Si ! Et quand il n’y a plus d’ordre, il n’y a plus de sécurité !
_ L’enfoiré !
_ On aimerait que vous lui donniez une leçon, question de lui rappeler qui commande !
_ Ben, c’est nous !
_ Voilà !
_ T’as l’ fric ? »
51
Paschic et Cool sont pris à partie par les extrémistes, dans la rue ! « Dis donc, t’es bien l’ gars qui parle aux arbres, non ? demande le chef des extrémistes à Paschic.
_ Moi ? Vous rigolez ! Pour parler aux arbres, faut avoir une case en moins, non ? Or, moi, ça va, j’ suis normal, paisible, lucide, avisé, neutre, équilibré… Voyez…
_ Ta, ta, ta ! Te moques pas d’ nous ! On sait très bien qui tu es ! On a ta photo !
_ Donc, peu importe ce que je vous dis, vous êtes venu me chercher des noises ! J’ me trompe ?
_ Tout juste ! Car nous, on aime pas ton comportement !
_ Qu’est-ce que vous me reprochez ? Je ne vous connais même pas !
_ Ben, moi et mes potes, on s’est laissé dire que t’étais un facteur de désordre ! Pas vrai les gars ?
_ Ouais ! Ouais ! Il respecte rien !
_ Même pas la famille ! Et nous on aime bien la famille ! On veut que les mamans qui poussent leur bébé, elles soient tranquilles !
_ Je ne vous pas en quoi je menace l’ordre ou la famille ! réplique Paschic.
_ Ben, t’as une conduite étrange ! Je vais même t’impressionner, j’ dirais que t’es décadent !
_ Comment ça ?
_ Ben, tu parles aux arbres, tu fais croire que c’est normal et c’est contraire à nos valeurs ! C’est pas sain ! Pas vrai, les gars ?
_ Ouais ! Ouais ! Ça, c’est pas sain ! Les enfants après, ils vont croire n’importe quoi !
_ Ce que vous voyez comme de la décadence, répond Paschic, moi, je vois ça comme de la vitalité ! C’est la preuve que la différence existe et que nous sommes de plus en plus nombreux à nous développer, à nous épanouir ! Même si bien entendu on ne peut pas faire n’importe quoi !
_ T’es tombé dans le piège, Paschic ! Car ce que je voulais montrer, c’est qu’ t’es un intellectuel ! quelqu’un qui pense ! Ce qui est dangereux pour l’ordre ! T’as voulu m’en mettre plein la vue… et nous, on va t’en mettre plein la gueule ! Pas vrai les gars ?
_ Oh oui ! On va s’en donner à cœur joie ! Et quand il aura l’air d’une tomate bien mûre, on s’occupera d’ la fille, d’ la pécheresse ! »
A cet instant, Paschic siffle de toutes ses forces et une hirondelle géante descend du ciel et glisse vers le groupe ! « Vite doc ! fait Paschic. On grimpe dessus au passage, car elle s’arrêtera pas !
_ Mais enfin, c’est un rêve ! Je ne peux pas... » gémit Cool, mais Paschic l’empoigne et la couche sur l’hirondelle, dont ils saisissent les plumes ! L’action n’a duré qu’une seconde et a laissé inertes les extrémistes, qui déjà étaient médusés par la taille de l’hirondelle ! Sur le dos de l’oiseau, Cool se met à crier, tant l’ascension est rapide, alors que Domopolis devient toute petite en dessous !
« Calmez-vous ! fait Paschic à Cool. On est sauvé, non ?
_ Que je me calme ? Mais c’est une illusion tout ça ! Ça n’existe pas ! Et j’ai le vertige !
_ Vous n’aimez pas le grand frisson ?
_ Pas sur une chimère !
_ Où en voyez-vous ? Cet oiseau est bien réel, c’est votre confiance qui ne l’est pas ! Tenez, nous allons faire une pause sur ce nuage !
_ Il n’est pas question que je marche sur un nuage ! On le traverserait à coup sûr et ce serait la chute fatale !
_ Faites-moi confiance, on va s’asseoir un peu sur ce chou-fleur… et on regardera un peu le paysage, question de passer le temps ! Allez, hop ! »
De la même façon qu’il avait fait monter Cool sur l’hirondelle, Paschic l’emporte sur des boursouflures blanches et l’y installe ! « Alors ? demande-t-il.
_ C’est bien…, confortable même !
_ Bien sûr ! Vous voyez, j’aimerais que vous compreniez que le savoir ne mène pas à la lourdeur ou au désespoir, mais à la légèreté et à l’innocence ! Il y a une autre voie que celle du GVI !
_ Je ne comprends pas…
_ Ce qui vous fait peur, c’est évidemment votre raison ! C’est la victoire du matérialisme ! qui dit que ce qui n’est pas lui n’est que rêverie ! Et moi, je vais au-delà, parce que je vous parle d’enchantement, de fête, de réconciliation ! C’est la connaissance de l’enfant !
_ Et comment on fait pour descendre maintenant ?
_ Mince ! »
52
Depuis quelques jours maintenant des oiseaux noirs recouvrent l’immense dôme de Domopolis ! Ils forment une nuée qui assombrit la ville ! D’où viennent-ils ? Que veulent-ils ? Les Doms inquiets s’interrogent, en levant les yeux ! On essaie de chasser les oiseaux notamment grâce à des jets de vapeur, mais toujours ils reviennent ! Une angoisse, tel un poison insidieux, se glisse dans l’esprit de la population, si bien que la Machine convoque son gouvernement et on retrouve là bien sûr, Bona, Lapsie, Tautonus, le professeur Ratamor et quelques autres...
« La situation est préoccupante, dit la Machine, ces oiseaux nous font comme un ciel noir ! Tous les indicatifs économiques sont en baisse… Le moral des ménages est au plus bas… Il faut trouver une solution !
_ On pourrait faire appel à Paschic, suggère Bona. S’il sait parler aux arbres, il devrait réussir avec les oiseaux… et leur demander de dégager !
_ Pour qu’il nous dise que c’est nous le problème, coupe Lapsie, que c’est nous qui devons d’abord changer ! Non merci ! Je n’ai aucune confiance en Paschic ! Par contre, j’ai quelqu’un d’autre qui pourrait nous aider… Un penseur ou plutôt un prophète ! Je l’ai écouté et je suis sûre qu’il vous plaira la Machine ! Il a une explication convaincante pour les oiseaux et qui sera à notre avantage ! Il s’appelle Ganymir !
_ Eh bien, répond la Machine, écoutons votre champion, si je puis dire !
_ J’ai déjà organisé une conférence, où toute l’élite de Domopolis sera présente ! »
On se presse bientôt dans une grande salle pour écouter le prophète Ganymir ! Le lieu est ouvert sous le dôme, où on peut voir les oiseaux noirs et Ganymir lui-même leur ressemble un peu : habillé sombrement, maigre, grand, avec une barbe, il a l’air d’un oiseau de proie, tandis que la foule autour fait enfin silence ! Parmi les spectateurs, Cool et Paschic sont légèrement tendus, s’attendant à des propos catastrophiques, mais soudain la voix sépulcrale de Ganymir retentit !
« Que nous disent ces oiseaux ? demande-t-il. Sinon que nous sommes noirs comme eux ! Ils nous condamnent, mesdames et messieurs ! Pourquoi ? Mais parce que nous avons failli ! Que voyons-nous autour de nous ? Mais nous voyons des enfants se demandant de quel sexe ils sont ! Nous voyons des homosexuels rirent de nous et affirmer qu’ils sont parfaitement normaux ! Nous voyons des trans réclamer le droit de procréer ! Nous voyons le chaos, nos valeurs traîner dans la boue ! Nous voyons la fin de la famille !
_ Il est fou ! murmure Cool.
_ Il a peur ! répond Paschic.
_ Et pourquoi est-ce ainsi ? continue le prophète. Mais parce que nous sommes mous, décadents ! Nous sommes vicieux, impurs ! Notre sang, notre code génétique sont altérés, empoisonnés ! Nous sommes faibles et il nous faut nous reprendre, au nom du Seigneur tout puissant !
_ Il est fou !
_ Il a peur !
_ Reprenons-nous ! Retrouvons le chemin de la force ! Et vous savez pourquoi ? Mais parce que nous sommes le peuple élu ! Notre mission est de sauver le monde ! C’est notre nation qui doit servir de phare aux autres ! C’est notre spécificité à nous, les Doms ! C’est ce qui fait notre grandeur, à nous, les Doms !
_ Il est fou !
_ Il a peur !
_ Beaucoup ont juré notre perte ! Des ennemis jaloux veulent nous détruire ! Attaquons-les, avant qu’ils ne nous attaquent ! Ils ne seront heureux que si nous n’existons plus ! Comment pourrions-nous accepter cela ! Frappons avant qu’ils ne nous frappent ! Grâce à la Machine, nous vaincrons, car notre armée est la meilleure de la planète ! Il en va de notre survie !
_ Il est fou !
_ Il a peur !
_ De l’ordre ! Il nous faut de l’ordre ! C’est le Seigneur qui le veut ! Sauvons nos valeurs ! Sauvons la famille ! Abattons nos ennemis ! Rien n’égale le fabuleux destin des Doms ! Retrouvons notre grandeur ! Non à la décadence ! Oui à l’ordre ! Gloire au Seigneur ! C’est à lui que nous devrons rendre des comptes !
_ Non à la décadence ! Oui à l’ordre ! reprend la foule, menée par quelques leaders. Gloire au Seigneur ! Dom ! Dom ! Dom !
_ Ils sont fous !
_ Ils ont peur ! »
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Les Doms (44-48)
- Le 18/05/2024
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"Il y avait un homme dans le noir et qui cherchait la lumière!"
A dark, dark man
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Récit du capitaine Azur, qui commandait le convoi 18 : « En traversant les gorges de Maraman, nous avons été surpris par un violent orage ! Il était impossible d’y voir à quelques mètres et nous avons dû nous arrêter ! Quelle ironie ! Nous étions partis, avec trois camions citernes, pour chercher de l’eau, au profit de Domopolis, et voilà que celle-ci, tombant en trombe, nous empêchait soudain d’atteindre le lac de Tanaha ! Cela a duré trois jours ! Nous sommes restés confinés dans nos cabines, nous efforçant de passer le temps ! Certains jouaient aux cartes, réglaient quelques affaires, mais la plupart somnolaient, car il était devenu impossible d’envoyer des messages ! Le bruit de la pluie, sa chute incessante sur les vitres a fini par avoir sur nous un effet hypnotique !
Ce matin, enfin, la pluie a cessé ! Les hommes sourient sous le soleil matinal, mais notre joie est de courte durée, car l’oued a charrié de la boue et nous sommes profondément enlisés ! Nous avons pris nos pelles pour nous dégager, mais nos efforts paraissent minuscules, au regard de la taille des pneus ! Mais le moral resterait bon, s’il ne s’était pas passé une étrange chose ! Des fleurs, comme de gros tournesols, ont poussé subitement tout autour nous ! Et elles ont un je-ne-sais-quoi d’étrange ! Elles ont l’air de nous regarder ! C’est une impression qui ne laisse pas d’être désagréable, même si je l’attribue à la fatigue et que je la cache aux hommes !
Cinquième jour ! J’ai des problèmes avec Brax, mon lieutenant ! Il dit qu’il faut rentrer à Domopolis, par nos propres moyens, car on n’arrivera pas à dégager les camions ! Il n’a pas tout à fait tort… Nos essais n’ont pas donné grand-chose ! La masse des camions semble inébranlable, mais c’est surtout l’esprit de révolte de Brax qui me choque et qui me donne envie de m’opposer à lui ! Qu’est-ce qui lui arrive ? Il a une conduite indigne d’un officier ! En fait, la situation nous porte à tous sur les nerfs, d’autant que les fleurs se sont rapprochées, rendant leur présence encore plus oppressante ! Une chose que j’ai remarquée : elles sont toutes tournées vers nous, alors que normalement elles devraient tendre vers le soleil ! Mais je garde encore le silence là-dessus… Il ne manquerait plus que j’apparaisse nerveux ou fragile, quand il faut donner l’exemple de la rigueur et de la force !
Septième jour : j’ai dû abattre Brax et deux de ses hommes ! Il était devenu fou ! Il voulait retourner à tout prix à Domopolis et il avait entraîné deux soldats dans sa mutinerie ! Ils nous ont menacés avec des armes, mais, comme je m’attendais à un tour de ce genre, j’avais caché la mienne et j’ai fait feu, dès que j’ai senti qu’ils allaient le faire ! Brax était effrayant à voir : son visage était livide, ses lèvres tremblaient ! C’était un autre lui-même et j’ai tiré sur un inconnu ! Nous ne sommes plus que trois et nous avons enterré nos camarades, non loin de là ! Tâche ô combien déprimante ! Cependant, quand nous sommes revenus aux camions, une légère brise s’était levée et les fleurs se balançaient, comme si elles nous disaient oui, nous approuvaient ! Ai-je été le seul le voir, à le comprendre de cette manière ? En tout cas, aucun de nous n’en a parlé et nous avons regagné nos couchettes en silence, le cœur lourd !
Huitième jour : je suis seul ! Les autres visiblement m’ont faussé compagnie ! Ma surprise a été totale et ma colère est complète ! Les salauds ! Ils m’ont abandonné tout simplement ! Comment ont-ils pu me faire ça ? Évidemment, je ne peux plus rester ici ! Il n’y a plus aucun espoir de dégager les camions ! Il faut rentrer à Domopolis ! Je me moque de ce qu’ils diront à mon arrivée, car le retour est risqué ! Ce n’est certes pas une partie plaisir ! 300 kilomètres à pied dans une région hostile ! Seul ! avec les attaques d’un ennemi imprévisible ! Il est impossible de savoir qui va me frapper ! Un végétal, un animal ? Ce monde est devenu fou ! J’ai fait le tour des camions, pour récupérer toute l’eau, toute la nourriture et me fournir en armes ! Puis, j’ai eu une surprise, une mauvaise surprise ! En faisant mes besoins, j’ai découvert mes deux déserteurs ! morts au milieu des fleurs ! Que leur est-il arrivé ? Ils n’ont pas de blessures apparentes ! Je regarde les fleurs… et elles me regardent aussi ! Mon angoisse est telle que je retarde mon départ… J’ai besoin de réfléchir !
Imaginons que mes hommes ont pensé comme moi, que les fleurs avaient quelque chose d’étrange ! Sans m’en informer, ils essaient de tirer ça au clair… et ils vont voir les fleurs ! Ils sont tués ! Ils meurent, mais comment ? Je crois que je suis en train de perdre la tête ! Les camions, comme moi-même, sont recouverts de poussière et j’écris ces lignes au cas où je ne m’en sortirais pas vivant ! Le temps semble arrêté… Il ne reste plus que le silence et je voudrais dormir, oh dormir ! Les fleurs sont de plus en plus près ! Elles montent à l’assaut de ma cabine ! Ah ! Ah ! Je suis pris d’un fou rire ! Des fleurs ! Qu’est-ce qu’il y a de plus fragile ? Je pourrais les briser d’une chiquenaude ! Mais elles sont si nombreuses… et surtout elles me fixent… et j’en éprouve un curieux et désagréable sentiment de culpabilité ! Ne réclament-elles pas justice, pour toutes leurs sœurs que nous avons piétinées, ensevelies sous le béton ? On rirait de moi à Domopolis ! Je vais me lever, franchir les fleurs… et elles vont me tuer comme les autres ! »
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Monsieur Nuit et le duc de l’Emploi, les deux inséparables, sortent de leur belle voiture : il y a un problème sur un des chantiers et ils sont venus voir ce qui se passe ! Ils sont accueillis par le directeur des travaux, un nommé Funff ! « Alors Funnf, fait monsieur Nuit, qu’est-ce qui va pas ?
_ Suivez-moi, patron, je vais vous montrer ! C’est au niveau des fondations ! »
Le petit groupe se dirige vers le bâtiment et il ne tarde pas à rejoindre le sous-sol par un escalier ! « C’est un de mes gars qui a repéré ceci… et depuis on ne peut que constater l’ampleur des dégâts ! dit Funff, en montrant une énorme faille dans le béton, avec sa lampe.
_ Mazette ! fait monsieur Nuit. Et il y en a d’autres comme ça ?
_ Partout dans le sous-sol ! En fait, on ne peut plus continuer à s’élever, car tout risque de s’écrouler !
_ Mais bon sang, ça vient d’où ? C’est quand même pas dû au béton ?
_ Négatif ! De ce côté-là, on a toujours la même qualité !
_ Il y a eu une secousse sismique ?
_ Non plus ! Mais on a peut-être mal analysé le sol ! Si on descend un peu plus bas, on voit combien c’est humide ! Il est possible qu’on ait construit sur un marécage !
_ Allons donc ! On commence pas avant une étude sérieuse… et quand bien même, on aurait bétonné jusqu’à assurer la fermeté du sol !
_ Mais je ne vous ai pas tout dit… On est allé voir en dessous des fondations, pour essayer de comprendre… et là on a découvert des choses étranges !
_ Des choses étranges ?
_ On a perdu un homme ! Il accompagnait l’un de nos ingénieur, qui lui est remonté en état de choc, en racontant n’importe quoi !
_ Ah bon ? Qu’est-ce qu’il disait ?
_ Il a dit que l’esprit de l’eau avait tué son aide et l’avait torturé lui-même ! que c’était un miracle s’il avait pu en réchapper !
_ L’esprit de l’eau ? Et puis quoi encore ? Faut arrêter la bouteille, les mecs ! Et t’es pas allé vérifier par toi-même ?
_ A ce stade, j’ai préféré vous appeler… J’ai pas envie de perdre quelqu’un d’autre !
_ Bon, ouais… On va y aller… Tu prends deux gars avec toi, des lampes et on règle cette affaire !
_ Entendu ! »
Ils sont cinq en tout à s’enfoncer dans les profondeurs, pour aboutir à une vieille porte ! « Qu’est-ce que c’est qu’ ça ? demande Nuit. C’est pas la norme ! Tout ici devrait être comblé par le béton !
_ Notre ingénieur est allé un peu plus loin, d’après ce que j’ai pu comprendre…
_ Donc, c’est derrière cette porte que les ennuis commencent ! Allez, on l’ouvre ! »
Il faut s’y mettre à trois, mais enfin un air froid et humide leur signale l’ouverture et c’est un grossier couloir, creusé dans la roche, qui continue ! « Vous entendez ? fait Funff.
_ Quoi ? demande monsieur Nuit.
_ On dirait des plaintes, des gémissements ! Y a quelqu’un qui pleure !
_ Sans doute un courant d’air ! réplique Nuit, plus inquiet qu’il en a l’air… Allons ! »
Le petit groupe descend encore, guidé par les lampes, tandis que que les parois deviennent dégoulinantes ! « En tout cas, ici, il y a de l’eau ! dit Funnf. On pourrait peut-être la récupérer !
_ Mais… mais c’est quoi ça ? » s’écrie Nuit.
Le spectacle est déconcertant : on est dans une immense salle, au centre de laquelle on trouve un vieux lavoir, constitué de pierres, et dont l’eau glougloute doucement ! « J’y crois pas ! fait Nuit. Qu’est-ce que ça fout, sous mon bâtiment ? » Les hommes font le tour du lavoir, tout en inspectant les hauteurs de la salle… Ils sont stupéfiés ! « C’est une plaisanterie ! » rajoute Nuit, puis son pied fait tomber un peu de gravier dans l’eau cristalline, qui se trouble ! A cet instant, des cercles de lumière se forment sur la pierre et remontent le long des jambes ! « Mais bon sans ! C’est quoi c’ bordel ? « entend-on.
_ Attention… Ça a l’air vivant !
_ C’est chaud… C’est bizarre ! Ah ! Ah ! »
Funff et un autre homme sont soulevés du sol par les anneaux de lumière ! « Ah ! Ah ! s’exclament-ils, tandis que leur visage et leur corps s’allongent, se déforment et les voilà transformés en roseaux ! Leur teint devient cireux, mais leurs yeux restent vifs, ainsi qu’ils seraient des papillons posés sur le végétal ! « Ah ! Ah ! continuent-ils, avec un sourire de fou et bien qu’ils aient perdu toute apparence humaine !
_ Mais quel est cette diablerie ? jette Nuit.
_ Foutons le camp ! » lui répond le duc de l’Emploi.
Le troisième homme, quant à lui, se dilue sous forme de mousse ! Il se caresse, trouve cela tout doux, n’en finit plus de respirer l’humus ! « Hi ! Hi ! » fait-il de contentement, tout en disparaissant ! Nuit et le duc de l’Emploi foncent vers le couloir et la porte, qu’ils referment en poussant de toutes leurs forces ! « On oublie tout ça ! dit Nuit. OK ?
_ Ok !
_ On oublie tout ça ! On n’a rien vu ! Et le chantier reste au statu quo ! »
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Un brouillard épais envahit la ville… On dirait des cheveux blancs qui s’étirent, comme si la sagesse pénétrait dans les rues, d’autant que toute activité s’arrête, car on n’y voit plus à deux mètres ! Les gens sont inquiets, murmurent, attendent, vu qu’un grand silence s’installe ! Le dôme gigantesque de Domopolis paraît enfumé et cela n’est pas normal : l’air intérieur n’est-il pas contrôlé ? Des bébés pleurent, des gens s’amassent, s’interrogent, essaient de se rassurer, puis quelqu’un crie : « Ecoutez ! »
Sur la plus grande place de Domopolis, on tend l’oreille vers le rideau blanc ! Un bruit sourd se fait entendre derrière la nuée, ce qui fait qu’on retient son souffle ! Quelque chose arrive, va sortir du brouillard, mais quoi ? Les yeux tentent de discerner des formes, alors que le bruit se rapproche ! Les cœurs commencent à battre fort, on serre la main de l’enfant, on se blottit contre l’autre, on ne pense plus à ses tracas, à ses querelles, tant un souffle puissant, étrange captive l’attention !
Puis, les voilà, avançant péniblement, quasiment au ras du sol, tentaculaires, repoussantes, tristes aussi, comme blessées, amputées, invalides, progressant maladroitement avec leurs racines telles des mains griffues, ce sont des souches, grises, orangées, mornes, désespérées ! Et un chant s’élève à mesure que ce fantastique défilé s’étire, apparaît au grand jour, sous le regard fasciné de la foule ! « Nous sommes les souches ! entend-on. Les souches abandonnées ! Passant, regarde nos cimetières sous le ciel ! Regarde nos champs de morts ! Vois notre âge ! Cinquante ans ! Cent ans ! Anéantis en cinq minutes, sous la tronçonneuse ! Nous sommes les morts pleurant la sève ! Nous sommes les morts noirâtres, pourris, pleins de champignons ! Où est notre gloire passée ? Où sont nos troncs, ô Doms ? Vois nos cimetières ! Vois nos cœurs ouverts sous le ciel ! Où sont nos troncs ? »
La foule est stupéfiée, hypnotisée, glacée, pendant que les souches agrippent l’asphalte avec leurs racines, pareils à des soldats touchés et qui rampent ! On ne bouge pas devant un tel spectacle, mais un changement s’effectue : des cours d’eau debout remplacent les souches et le chant change, devient plus féminin, plus clair, plus aigu ! Ce sont effectivement des voix de femmes, qui ensorcellent, pénètrent encore plus profondément, caressant la harpe de l’intimité, gonflant l’émotion ! Que disent-elles ? « Nous sommes les ruisseaux ! limpides et chantants ! frais et moussus ! Chez nous habitent la truite, la libellule, le triton, pour ravir l’oiseau ! Nos cheveux d’argent scintillent parmi les pierres ! Mais ce que tu vois, Dom, ce sont nos fantômes ! Nous n’existons plus ! Nous sommes ensevelis sous tes routes, Dom ! sous tes tonnes de gravats ! Car jamais tu n’en as assez, Dom ! Jamais tu n’admires ! Jamais tu ne respectes, ni te t’enchantes ! Tu dévores sans cesse ! Tu as perdu la simplicité de l’enfant ! Tu es perdu et tu cries ! Tu as peur et tu t’obstines ! Nous sommes morts et tu as soif ! Nous sommes la magie et tu es pauvre ! Nous sommes la fantaisie et tu es cruel, borné ! Nous sommes sous les gravats et tu nous cherches ! »
A peine a-t-on vu les ruisseaux que les talus apparaissent ! Le chant redevient plus grave, mais reste tout aussi déchirant ! « Voilà les martyrs, nous sommes les talus ! broyés, détruits, anéantis, saignés, pelés ! Lapinot, où est ta maison, ta cachette ! Fraîcheur, où est ta maison, ta cachette ? Vent, où es ton rempart, ton adversaire ? Arbre, où es ton soutien, ton défenseur ? Herbe folle, fleur où est ta maison, ton château ? Insecte, où est ta fête, ton palais ? Ici ne règne que le désert ! Ici ne règne que le bulldozer ! Vois-tu un talus à perte de vue ? C’est un mirage, un futur mourant ! Quel acharnement ! Quelle guerre contre le talus ! Quelle faim de détruire ! Quelle avidité ! Quelle folie ! Ici ne règne que le désert ! Ici ne règne que le bulldozer ! Fraîcheur, où est ta maison, ta cachette ? Etc. »
Puis viennent des choses plus bigarrées ! Des arbres rabougris, trop élagués, des haies taillées au cordeau, des pelouses carrées, étroites, scrupuleusement tondues, de petites mares toutes sales, des fleurs aux couleurs criardes et de nouveau une voix immense s’élève : « Nous sommes la fausse nature ! celle domestiquée par le Dom ! celle qui fait semblant ! l’esclave, l’artifice, le décor ! celle qui fait croire au citadin qu’il n’est pas qu’entouré de béton ! Regarde-nous le Dom ! Nous sommes pleins de poussière ! Le chien nous pisse dessus ! L’ivrogne aussi ! Vois les déchets qui nous jonchent ! Nous sommes victimes de ta petitesse ! de ta passivité, de ton uniformité ! Tu nous aimes en laisse, sans le grand souffle qui nous traverse ! Voilà l’artifice, ton mensonge, le Dom, ton triste décor ! »
La foule est comme ahurie, car d’où sortent toutes ces étranges créatures ? Comment ont-elles pu entrer sous le dôme ? Est-ce là un cauchemar ? Les peurs reviennent à la surface et avec elles la haine ! Des Doms jettent des pierres, insultent le défilé, prennent à parti un arbuste, un ruisseau… Il y a bientôt des échauffourées entre les Doms eux-mêmes ! Les vieilles querelles se réveillent, entre ceux qui soutiennent le système et les autres ! Puis, lentement, le défilé s’évanouit, ainsi que le brouillard, laissant une ville tendue, sous le choc, en colère !
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Paschic et Cool marchent sur le trottoir, quand un homme et une femme descendent du ciel devant eux ! « Monsieur Paschic ? fait la femme. Quelqu’un voudrait vous voir pour une chose importante ! » Paschic et Cool lèvent la tête et découvrent un vaisseau à voile, suspendu au-dessus de leur tête. « Il suffit de vous attacher à ces câbles et on vous hissera sans peine là-haut ! explique l’homme.
_ Eh bien, allons-y ! répond Paschic. Vous n’avez pas envie de commencer la journée, par une surprise, docteur Cool ? »
Le quatuor est soulevé dans les airs et émerge bientôt sur le pont du vaisseau ! « Bienvenue ! fait un personnage en treillis. Mais ne moisissons pas ici, nous finirions par attirer l’attention des forces gouvernementales ! Cap au 230 ! »
L’ordre est répété et le navire s’anime sous ses voiles gonflées ! « Nous allons quitter le dôme et la ville polluante ! reprend le personnage. Nous avons toutes les autorisations nécessaires, pour aller respirer de l’air frais ! Mais je ne me suis pas présenté… je suis le Capitaine et…
_ Et vous êtes le chef des Guerriers verts ! coupe Cool.
_ C’est exact…
_ Les Guerriers verts ? fait Paschic.
_ Tiens, vous ne nous connaissez pas ? C’est pourtant nous qui menons des actions pour défendre la nature, contre le développement démesuré et absurde de Domopolis ! C’est pourquoi j’ai tenu à vous rencontrer, Paschic ! N’est-ce pas vous qui parlez aux arbres ? Vous devez certainement comprendre et apprécier notre cause ?
_ Oui, maintenant, je vois mieux qui vous êtes… Vous menez des contestations très vives, jusqu’à l’affrontement, en faveur de l’environnement ! Vous voulez changer nos pratiques et même notre façon de penser !
_ Certainement, notre modèle n’est plus viable, comme le démontrent le réchauffement ou les attaques de la nature ! Tenez, nous franchissons le dôme et nous allons pouvoir voir la ville à l’œuvre, comment elle continue à dévorer l’espace ! »
Effectivement, en dessous, Domopolis a l’air d’une vache géante et mécanique, qui broute le vert, avant de s’étendre… « Bétonner, il n’y a que ça qu’ils savent faire ! reprend le Capitaine. Si vous pouviez vous joindre à nous, Paschic, notre combat prendrait une force nouvelle ! Nous pourrions utiliser merveilleusement votre image... »
Paschic regarde Cool, qui semble totalement fascinée par le Capitaine et il en éprouve un léger pincement au cœur, mais il la comprend : l’action du Capitaine paraît beaucoup plus claire que la sienne, et même plus virile, plus engagée ! « Je regrette Capitaine, dit Paschic, mais je ne crois pas que l’affrontement, l’opposition radicale soit la la solution la plus efficace !
_ Comment ? Mais, si nous ne faisons rien, nous courons à notre perte ! Il y a urgence !
_ Je défends bien sûr la nature…, mais la haine entraîne la haine ! Plus vous vous montrerez violent et plus vos adversaires le seront aussi ! Le seul moyen de les amener à vous est de leur donner de l’espoir, de montrer que vous-même êtes heureux ! Ainsi, ils voient que votre chemin n’est pas faux, que vos idées ont de la valeur !
_ Mais j’obéis à la nécessité ! Il n’y a pas d’autres choix !
_ Autrefois, j’étais comme vous ! Je voulais détruire tous ceux qui massacraient la nature ! Je rêvais de les pulvériser, alors que je n’étais qu’un adolescent ! Mais, avec le temps, j’ai compris que je devais d’abord faire la paix avec moi-même ! Ce qui me rendait haineux, c’était que je ne m’acceptais pas tel que j’étais ! Hors de moi, me blessant, tourmenté, impuissant, je ne pouvais que me haïr, moi et les autres ! Seule la paix donne la force, qui rend disponible !
_ Mais la plupart sont insensibles à la raison !
_ C’est vrai, mais c’est la peur qui les aveugle ! C’est elle qui les pousse à dominer sans cesse ! Pour les arrêter, il est nécessaire de vaincre sa propre angoisse, sinon on n’est pas crédible !
_ Mais je n’ai pas peur ! De quoi parlez-vous ? »
A cet instant, Paschic crée de la nature et en compagnie de Cool et du Capitaine, il se retrouve sous un feuillage doré par le soleil ! C’est comme un toit fait de cristaux verts et jaunes ! « Bon sang ! s’écrie le Capitaine. Qu’est-ce que c’est que ce tour de passe-passe ?
_ Peu importe ! réplique Paschic. Que vous inspirent ces feuilles ?
_ C’est beau, mais ça ne répond pas à mes questions !
_ Vraiment ? Vous ne voyez pas le message, tellement vous êtes agité ! Il y a un orage dans votre esprit ! Notamment, vous vous demandez si vous en faites assez et même la perspective de ne pas être occupé vous effraie !
_ Parce que, pendant que vous discutez, il y a des arbres qui meurent ! Il faut agir !
_ Apaiser, c’est agir ! Aimer, c’est transformer l’autre ! Mais ce n’est pas possible avec de la haine ! »
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Paschic et Cool sont de retour dans Domopolis, où survient un très étrange phénomène : soudain il n’y a plus un bruit ! Tous les moteurs, tous les appareils s’arrêtent ! C’est le grand silence et tout le monde se regarde ! Tout le monde est pétrifié ! Que se passe-t-il ? On entend quelques bébés pleurer, car l’inquiétude des adultes se transmet ! Puis, quelqu’un crie : « Regardez ! », en montrant le dôme ! On lève le nez et on est frappé par la stupeur, voire l’horreur ! Des milliers de cages sont suspendues au dôme ! Elles étaient invisibles à cause de l’agitation, mais maintenant nul ne peut les ignorer !
Spectacle saisissant ! incroyable ! douloureux aussi, car dans chaque cage, il y a un jeune, fille ou garçon ! la tête basse, plongé dans ses pensées, sa tristesse ! Certains de ces enfants se lèvent, s’accrochent à leurs barreaux et poussent un cri ! que personne n’entend ! C’est une plainte muette ! D’autres se cognent contre leur cage, jusqu’au sang ! Mais c’est l’abattement qu’on voit le plus ! l’atonie, le désespoir ! Quel mal les ronge ? N’habitent-ils pas Domopolis, l’une des plus riches cités du monde ? Qu’est-ce qui leur manque ?
Quelle est la source de leur angoisse ? Les adultes ne peuvent-ils pas les aider ? N’ont-ils pas de réponses, de remèdes ? Ces jeunes se mutilent ou font des tentatives de suicide, car ils se haïssent à cause de leur impuissance, et en même temps ils détestent ce monde, qu’ils jugent injuste et cruel, dépourvu de sens, d’amour ou de lumière ! Car on leur en demande trop ! Car on est soi-même aveugle ou hypocrite ! Car on ne s’avoue pas ses plaisirs, ni son égoïsme ! parce qu’on est faux !
En douce, on gave son ego et pourtant on dit au jeune : « Ne sois pas égoïste ! Fais ceci, cela ! Travaille ! Ne relâche pas ton effort ! Vois, je me crève à la tâche pour toi ! Le monde est dur ! Et toi, tu voudrais t’amuser ! t’aimer ! être joyeux, alors qu’il y a tant de souffrances ! Etc. ! » Le mensonge nous fait traiter nos enfants en robot, en forçat ! Ils ne peuvent que se sentir faibles, nullement à la hauteur de la tâche ! Ils se trouvent odieux à eux-mêmes et veulent se détruire, sous le joug de l’angoisse, se croyant enfermés, sans avenir ! Irrités et terrifiés, ils désespèrent !
Le remède ? Mais il est simple ! Il suffit de reconnaître ses plaisirs, son égoïsme ! Il suffirait d’avouer qu’on travaille pour satisfaire son ego ! que notre béquille est notre amour-propre ! que le sens que nous donnons à nos vies est le pouvoir, la domination, rien d’autre ! que c’est notre égocentrisme notre ami ! que nos plaisirs sont innombrables, que nous ne cessons jamais de vouloir être le centre d’intérêt ! que les faiblesses, les défauts des enfants sont les nôtres, en bien plus grand !
Ainsi, on les tranquilliserait ! Ils seraient rassurés sur ce qu’ils sont ! Ils s’amuseraient sans honte ! C’est notre hypocrisie qui les tue ! qui les rend esclaves, qui les angoisse ! Comment pourraient-ils être ce dont les adultes sont déjà incapables ? C’est notre mensonge qui les détruit ! Mais nous n’avouerons pas nos plaisirs, notre égoïsme ! notre soif de pouvoir ! Nous refusons tous les miroirs ! Notre orgueil en souffrirait, notre image est sacrée ! Ce qui importe, c’est notre théâtre ! Nous voulons la puissance et la gloire, sans le dire ! Nous préférons de loin nous accuser les uns les autres de nos défauts ! C’est tellement plus simple ! Et nous créons le peuple des enfants perdus !
Il est là au-dessus de nos têtes, muet, angoissé, désirant la mort ! Il est invisible tellement nous nous agitons, nous faisons du bruit, pour échapper à nos peurs et nous livrer au mensonge ! Quel adulte ne prend pas de plaisir ? Nous sommes des menteurs et des assassins ! Nous sommes le mur, contre lequel s’épuise l’entant !
Le remède est en nous ! Nous pouvons êtes la source rafraîchissante, apaisante ! Il suffit de se reconnaître tel qu’on est ! d’avouer ses propres peurs… et ses joies ! Nous donnons à l’enfant un fardeau qu’il ne peut pas porter ! Regardons-nous en face ! Ayons ce courage ! Dur travail, mais c’est le seul qui compte ! Arrêtons de nous mentir sur nos haines, nos ambitions, notre égoïsme ! Aidons le peuple des enfants perdus ! Il meurt terrifié !
C’est si simple au bout du compte ! Il faut avouer son ignorance, descendre de son piédestal ! Il y a là nulle philosophie compliquée ! nulle géostratégie ! nul traité d’économie, ni fautes politiques ! Ouvrons la porte de la vérité aux enfants ! Libérons-les ! Rendons leur le soleil ! Notre égoïsme nous tue et les tue ! Ils sont plus importants que notre gloire ! Arrêtons de mentir, pour les aimer !