L' attaque des Doms (135-139)
- Le 05/04/2025
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"A poil, j'ai dit!
_ Bon, bon!"
Flic ou voyou
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Ce qu’a dû comprendre Paschic assez tôt, c’est qu’il est impossible de faire reconnaître au Dom ses « erreurs », son égoïsme, sa méchanceté, sa sournoiserie, son plaisir et donc son hypocrisie ! puisqu’il entre dans une colère folle, par le simple fait qu’on puisse « traiter d’égal à égal » avec lui, car cela lui donne une « matérialité », produit une différentiation, alors que le Dom n’existe que s’il commande les autres, en ayant du pouvoir sur eux ! Le Dom ne peut pas se voir seul, tel qu’il est, séparé de sa position dominante !
A chaque fois que Paschic a essayé de montrer à la Machine combien elle pouvait être injuste et comment lui en souffrait, à chaque fois la Machine en a été outrée et a déchaîné toute sa violence ! Selon elle, Paschic ne cherchait pas à lui expliquer quelque chose, mais il lui faisait injure ! Dans ces conditions, il était inévitable que Paschic se refermât sur lui-même, refoulant son chagrin et sa notion de la vérité, jugeant le monde autour foncièrement hostile et s’enfonçant dans une dépression précoce ! Dès l’enfance, l’incompréhension a miné Paschic, l’a rongé comme la rouille le fer, jusqu’à en faire un être à part, dolent, très fragile sur sa base, car il a été impossible de se débarrasser du doute !
Mais, obligé de dissimuler, se refusant à parler, contraint au mutisme, Paschic est devenu pour la Machine un être fourbe, menteur et véritablement méchant ! C’est lui qui a été accusé de sournoiserie et la Machine s’est mise à le suspecter, à le surveiller tout le temps ! Cette attitude n’a pas pu ne pas laisser de traces chez Paschic, qui, en plus de souffrir d’incompréhension, a dû s’interroger sur le bien-fondé des griefs de la Machine ! Etait-il lui-même un menteur, un paresseux, un mauvais ? Le Dom est extraordinaire à se voir telle une victime, quand c’est bien lui qui est coupable ! C’est quelque chose que l’on voit aujourd’hui chaque jour, au niveau international, jusqu’à ce que la vérité devienne totalement relative !
Mais il faut encore rappeler qu’il est impossible au Dom de se regarder en face, dans le cas où le monde qui l’entoure le lui demanderait et donc ne serait plus le sien ! La réaction du Dom, dans cette situation, est toujours violente, irraisonnée, produite par une quasi panique ! Toujours est-il qu’on a voulu ouvrir Paschic comme une huître, au lieu de se remettre en question ! On l’a condamné à se tenir toujours sur la défensive et à une vigilance constante, ce qui est éminemment destructeur chez un enfant ! C’est une tension permanente, qui abîme des nerfs encore immatures, d’où une dépression chronique et un chagrin inconsolable !
Cependant, plus la Machine se montrait redoutable et injuste et plus Paschic retrouvait avec plaisir la Chose, autrement dit la beauté de la nature ! C’était et c’est une véritable histoire d’amour ! Le génie de la Chose éclatait pour Paschic ! Comment les Doms, à côté des merveilles que découvrait Paschic, pouvaient-ils être aussi agités et haineux ? Voilà la question qui finissait toujours par remplir Paschic ! Qu’est-ce qui faisait le tourment des Doms ? Pourquoi ne trouvaient-ils pas un apaisement dans la Chose, comme Paschic ? Qu’est-ce qu’il leur manquait ? Que cherchait la Machine, pour ne pas se réjouir de la beauté de la Chose ?
Mais la réponse est évidente ! La Machine voulait satisfaire son orgueil, sa domination, son ego ! La Machine visait son pouvoir, son influence sur les autres, l’importance de sa position sociale ! Sa préoccupation, c’était elle-même, sa grandeur, sa réussite ! Sa prison, sa fermeture, c’était sa petite personne et non la nécessité de trouver à manger et le paiement des factures ! Certes, cela existe, mais le grand travail de la Machine, c’était de se sentir importante, le centre d’intérêt ! C’était d’être admirée et vénérée ! Elle désirait être au-dessus des autres, triompher parmi eux et ainsi il était toujours question d’elle et ses enfants devaient suivre, sans avoir droit au chapitre ! Ils n’étaient aimés qu’à condition d’enjoliver la vitrine ! Pour résumer, la Machine était totalement à ses plaisirs, elle qui aurait juré n’être qu’une victime du devoir ! Comment peut-on être aussi hypocrite, sinon parce qu’on croit que le monde tourne naturellement autour de soi ?
Mais voilà pourquoi la Machine ne pouvait comprendre la Chose ! Pour elle, la beauté de la nature est un accessoire parmi d’autres et elle est donc impuissante à apaiser la Machine ! Voilà pourquoi les Doms sont malheureux et détruisent la planète ! Ils veulent la réussite de leur domination et pourtant, ils vous diront, les yeux dans les yeux, qu’ils ne travaillent que pour la nécessité ! qu’ils ne prennent pas de plaisir, qu’ils ne sont pas égoïstes, qu’ils ne font que remplir leurs devoirs ! Ils ont le même discours et donc la même hypocrisie que la Machine ! Et comme elle ils font leur propre malheur, car la domination ne peut être satisfaite ! C’est un puits sans fond, qui ne guérit pas la peur !
Celui qui renonce à sa domination, au nom de son amour pour Dieu, trouve alors dans la beauté de la Chose l’émerveillement et la paix !
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Longtemps, Paschic a cru que c’était la Machine le problème et que s’il pouvait quitter la maison familiale, il trouverait la justice et le bonheur ! Il s’est donc empressé de conquérir son indépendance et quittant les études, il s’est mis à travailler très tôt ! Mais ce n’était que le début du cauchemar ! Nulle part Paschic ne trouvait une réponse à ses questions ! Il se sentait bientôt mal à l’aise où il était, comme un étranger ! Mais que voulait-il ? Une explication, une justification ! Il voulait qu’on lui dise que ce n’était pas lui le coupable, mais la Machine ! Il voulait qu’on reconnaisse ses blessures, leur véritable existence, qu’elles n’étaient pas vaines, ni dépourvues de sens !
Pourtant, Paschic s’adressait à un monde de sourds ! Il avait bien des relations amoureuses, des amitiés, mais il finissait toujours par se retrouver dans la beauté de la Chose, à attendre, seul ! Il n’y a que là qu’il avait l’impression d’être chez lui ! Cependant, le stress ne le quittait pas non plus, car il fallait toujours penser au lendemain, à la sécurité et c’était une drôle de vie, erratique, instable, tourmenté ! Pourtant, autour, le monde semblait très bien aller, avec des comportements comme celui la Machine et donc il fallut en convenir, c’était Paschic qui « déraillait » ! Sans doute se donnait-il une importance exagérée, qu’il était excessif, égoïste lui-même ! Peut-être était-il malade psychiquement ! En tout cas, il devait être bien ce dont l’accusait la Machine, puisqu’apparemment ce n’était pas elle qui avait tort !
Paschic essaya donc de changer ! Autrement dit, il fit ce que ne font jamais ou presque les Doms ! Il devint contraire à lui-même ! Il se chargea des efforts dont les Doms se gardent bien ! Avec toute la bonne volonté qu’il sentait en lui, il se mit à se dépasser, à se demander toujours plus, à la recherche de l’erreur qui était en lui ! Il ne prit plus au sérieux ses blessures et s’enfonça sur le chemin sombre de sa destruction ! Il fallait trouver une vérité et que faisait la Machine pendant ce temps-là ? Elle s’absolvait et continuait de parader ! Elle n’évoluait même pas, ne se sentant nullement en faute !
Entre-temps, Paschic s’était découvert poète ! Il avait absolument besoin d’exprimer ce qu’il ressentait et le « chant » des mots le comblait pleinement ! Écrire lui donnait une plaisir ineffable et lui paraissait aussi naturel que s’il avait été lui-même une fontaine, qui au lieu d’eau laissait écouler des rimes ! Ce n’était pas dépassé, car la rime est comme une note, qui a un effet sur le cerveau et la mémoire ! On peut la comparer au piton de l’alpiniste : celui qu’il enfonce en appelle un autre et ainsi progresse l’ascension, mais dans les souvenirs, la beauté ou la plainte !
Mais de quoi parlaient les poèmes de Paschic ? Mais bien entendu de ses relations avec la Chose, de sa solitude, de son incompréhension, de son désarroi, etc ! Il s’y mêlait son admiration pour la nature et la haine, la volonté de détruire des Doms ! Bref, Paschic ne quittait pas ses sentiments, mais il était toujours incapable de les expliquer, de leur donner une origine, car il aurait alors fallu comprendre la logique des Doms, leur fonctionnement ! Mais Paschic n’était pas mûr pour cela : il en était encore à un stade « dolent », pour ainsi dire, tout habité par sa sensualité, qui allait avec le temps se transformer en raison !
Néanmoins, Paschic était persuadé que son premier recueil de poème lui apporterait la reconnaissance de son travail, qu’on verrait alors sa valeur, ce qui serait une sorte de justice ! Sitôt qu’il serait édité, il trouverait sa place et on saluerait son courage, on le plaindrait pour toutes ses souffrances ! Il aurait dans ce cas comme une nouvelle famille, celle des hommes ! Le sens aurait été rétabli !
Quelle naïveté ! Paschic n’avait-il pas déjà vu que la plupart des Doms se comportent comme la Machine ? Comment l’un d’entre eux aurait pu comprendre la poésie de Paschic, s’y intéresser, se dire : « Mais… mais c’est ce que j’attendais ! » Paschic espérait, il est vrai, qu’on saluât son art, puisque c’était la transformation de sa pensée, suivant des « codes », mais même ainsi l’esprit qui ne cherche pas, qui vit pour sa domination, est incapable de trouver de l’intérêt à un message qui semble aux antipodes de ses préoccupations, même si c’est une peinture ou une photo ! Tant qu’il n’y a pas d’attente, l’individu passe à côté, à moins peut-être qu’on lui mette le doigt dessus et qu’on lui demande d’épeler !
Le fiasco fut complet pour Paschic ! Pas un éditeur ne lui accorda de l’attention ! Tout le monde s’en moquait ! Ce fut un coup dur ! Ce que Paschic avait de meilleur en lui ne valait rien ! La justice qu’il avait espérée n’était pas venue ! La Machine et les autres avaient raison ! Il s’était monté le bourrichon ! Ce à quoi il croyait, c’était du vent ! Sa base en était encore plus fragile et il s’assombrissait ! Il n’était pas au bout de sa destruction, semble-t-il ! Il devait davantage se corriger, faire plus d’efforts et sa dépression, devenue depuis longtemps chronique, le conduisit à l’abîme !
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Il est inutile d’entrer dans les détails des souffrances de Paschic… D’abord, parce que c’est très intime et ensuite, c’est impossible ! Il faut vivre ses choses avec la chair, pour s’en faire une idée ! Toujours est-il que Paschic se perdit absolument lui-même ! A force de batailler contre sa propre personne, il devint un étranger à son être ! Il lui était par exemple désormais impossible de caresser un animal sans avoir peur ! Et il transmettait cette peur, mettant en fuite l’animal ou le rendant agressif !
Paschic avançait dans la rue tel un vieillard et il ne pouvait plus rien supporter ! Toute l’agitation autour lui donnait le vertige, le remplissait d’angoisse ! Pour résumer, il s’était brisé en deux et cela avait été possible, parce que ses bases avaient été fragilisées par la Machine et qu’aucune justice ne les avait réparées ! Il est extraordinaire de voir comme nous pouvons souffrir ! Mais tout le temps il y a des gens qui sont écrasés, blessés, tués ! C’est aussi cela notre quotidien et c’est dire comme les Doms sont responsables !
Certes, ils ne se connaissent pas entre eux, mais ils ont pourtant un point en commun et c’est la peur, la peur de chercher et de s’offrir ! Les Doms sont coincés dans leurs haines et leurs ambitions, ce qui fait le monde si terrible ! Et non seulement ils ne « bougent » pas, mais en plus ils sont tout prêts à détruire ceux qui ont justement le courage de se libérer ! C’est dire leur petitesse et leur inconséquence !
Mais Paschic, ayant atteint ses limites, commençait à faire la paix avec lui-même ! S’il n’arrêtait pas ses tourments, il allait mourir ! Il ne pouvait aller plus loin ! Ce « voyage » peut paraître ridicule, insensé à un Dom, mais il était nécessaire à Paschic, qui ne trouvait pas de réponses et qui progressait dans l’inconnu ! Comme il était loin le temps où il avait cru obtenir justice des Doms !
Mais la paix venait sur Paschic, par force pourrait-on dire, et elle avait encore une conséquence extrême : aucun Dom désormais ne serait capable de troubler Paschic ! Car il faudrait, à ce Dom, aller aussi loin que Paschic et connaître les mêmes souffrances, ce qui est impossible ! En effet, si Paschic s’était obstiné, c’était d’abord par amour pour la Chose, c’était à cause de sa foi ! Le Dom qui suivrait cette route devrait donc avoir la même foi et il comprendrait alors Paschic !
Cependant, avec ce nouvel équilibre, Paschic se rétablissait lentement et il reprenait des forces ! La compréhension de ce qui l’entourait y gagnait et Paschic distinguait la logique de la domination chez les Doms, leur rapport avec les animaux et leurs propres peurs ! Il était éclairé, car lui-même s’était différencié davantage ! Il semble que nous restons aveugles, tant que nous restons esclaves de notre ego, car c’est la soumission des autres qui nous rassurent, quand ce n’est pas carrément leur destruction ! Comment pourrait-on respecter autrui, s’il nous sert de faire-valoir ? Celui qui tient sur ses jambes, sans vouloir dominer, est à même de reconnaître la différence et de l’aimer !
Paschic avançait dans sa vision, car il en avait des preuves chaque jour ! Il la vérifiait au quotidien, jusqu’à prévoir tel comportement, attendre telle haine, etc. ! Le monde entier changea pour Paschic, ainsi qu’il serait passé dans une autre dimension, mais bien plus réelle que celle des Doms ! Ceux-ci se déchirent et détruisent la planète ! Ils sont dans la nuit ! Mais Paschic n’avait donc pas perdu son temps ! Il était sorti des griffes de la Machine, avait beaucoup souffert pour trouver la lumière, mais enfin les fruits étaient venus ! Il est inévitable que le « croyant » perde ses repères, car nous sommes nombreux et donc nous nous « heurtons » à ce qui n’est pas nous ! Mais la pire réaction alors est la haine et le rejet ! La foi, c’est la confiance, la paix et la tranquillité ! C’est ce qu’a appris Paschic au bout de son long chemin douloureux !
Paschic au fond a retrouvé la simplicité évangélique, celle qui faisait dire au saint d’Assise : « Merci Seigneur, pour frère Soleil et sœur Eau ! » C’est bien par la beauté de la nature que Paschic arrive au don de Dieu, mais cette reconnaissance n’est possible que par la simplicité ! Tant qu’on est « empêtré » par son ego, l’image que l’on se fait de soi, sa domination, son pouvoir, on ne peut y accéder ! Au contraire, cette simplicité est qualifiée de naïveté, quand ce qui paraît sérieux est de gagner de l’argent et de triompher sur les autres ! Et pourtant, aujourd’hui, les Doms ne peuvent que constater leur impasse !
Il est toujours possible de réveiller le bien chez les individus ! Il est toujours là en sommeil et même aux aguets ! Mais, pour cela, il faut être soi-même en paix et porteur d’espoir ! On ne réanime pas la douceur, par la force ! « Sous » la Machine, Paschic a dû absorber toutes les peurs du monde ! Tout ce que les Doms n’arrivent pas à gérer, toutes leurs inquiétudes, toute leur méchanceté ont été versés dans Paschic, car il constituait une étrangeté, une énigme ! Il a servi de rocher, sur lequel on frappe, pour savoir si c’est bien dur ! Et c’est un affrontement inévitable, pour ceux qui recherchent la vérité !
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Les Doms se moquent volontiers des enfants de Lumière ! Ceux-ci paraissent trop mous, trop empotés, pas assez agressifs et dominateurs ! C’est le mouvement naturel de l’animal qui est en nous qui s’exprime ! Pour les femmes, l’homme doit être volontaire, sportif, plein de force, car ce n’est que comme cela qu’il peut les protéger et assurer leur sécurité ! Pour les hommes, la femme doit d’abord être séduisante et organisée, afin de tenir une « maison » et d’espérer des enfants ! Chaque sexe constitue une émulation pour l’autre, pousse à une sélection naturelle, à un dépassement de soi et c’est un très bon moteur, mais la conscience fait aussi voir que ce n’est pas suffisant !
La souffrance humaine interroge, la différence aussi ! Il y a les malades, les pauvres, les affamés, les handicapés, ceux qui sont écrasés, les alcooliques, etc. ! N’importe qui peut voir que le monde est plus vaste que son égoïsme ! L’expérience fait comprendre que nous ne sommes pas toujours gagnants et que même nous pouvons ne pas trouver de place ! au contraire de ce qui se passe chez les animaux, qui eux parviennent à un équilibre ! Car les Doms mettent leur intelligence au service de leur domination, en fabriquant des armes par exemple ! Ils peuvent alors croire que la planète leur appartient !
Plus généralement, le Dom ne s’attend pas à ce qu’on lui résiste : les choses doivent se dérouler selon ses désirs ! Il vit dans sa bulle, à un certain degré, et cette bulle s’étend plus ou moins loin, mais tout ce qui se trouve dedans est contraint d’obéir au Dom ! Malheur à celui qui marche de travers, car on sait qu’il constitue une brèche dans la bulle, par là où peuvent entrer les peurs ! La réaction du Dom est alors le plus souvent violente et sans mesure ! Mais tout ça fait que la société n’aime pas la faiblesse, la lenteur, qu’elle associe très vite à de la paresse !
Les maladies nerveuses sont une conséquence du stress entretenu par les Doms ! Les choses ne vont jamais assez vite pour leurs ambitions, qu’ils voilent sous la nécessité ! Au fond, tant que le Dom n’a pas été brisé lui-même, il garde l’illusion que la volonté peut tout, que seul son chemin est valable et que s’il n’y arrive pas, c’est qu’on lui a mis des bâtons dans les roues ! Le Dom a des ennemis, ce qui lui évite de se remettre en question !
Cependant, plus la civilisation avance et plus la société se féminise et nous avons vu pourquoi ! D’abord, les femmes sont aussi égoïstes que les hommes et c’est une condition nécessaire à leur développement ! Elles poussent à être et à prendre toute leur place ! Ensuite, moins la sécurité du pays est nécessaire et plus le rôle de l’homme diminue et donc ses privilèges aussi ! Mais la féminisation de la société entraîne un respect croissant pour la fragilité, la différence, la santé nerveuse, toutes choses que les hommes dominateurs méprisent, car impropres au combat !
Les femmes font valoir justement aujourd’hui les maux dont elles souffrent (endométriose, S II etc.), mais aussi leurs conditions de vie, ce qui profite à ceux qui sont d’habitude rejetés, comme les homosexuels ! La femme a forcément plus de tolérance envers la faiblesse, puisque naturellement elle s’occupe des enfants, qui sont sans défense ! Mais cela ne veut pas dire non plus qu’elle ne continue pas à pousser l’homme à la virilité, doutant de ses performances sexuelles, etc. ! Le Dom reste le Dom ! Il faut que la femme soit fière de son mari, de leur réussite sociale et les enfants jouent un rôle dans la vitrine, comme nous l’avons vu avec la Machine !
Ainsi, malgré son évolution, la société demeure persuadé de sa cohérence et de sa viabilité, en cloisonnant dans le domaine du privé les croyances les plus intimes de chacun ! Ainsi encore la foi est facultative, d’autant qu’on ne l’imagine pas sans la religion, qui est à même de menacer le libre-arbitre ! Ainsi toujours la Chose ou la beauté de la nature est secondaire et n’est vue que sous l’angle du réchauffement climatique et de la transition écologique ! alors que la beauté est au contraire la clé de notre avenir, dans le sens où elle nous permet d’avoir la foi et de lutter contre notre domination !
Ainsi enfin on continue à se moquer de l’enfant de Lumière, qui même aux yeux des femmes manque de mordant et de combativité ! C’est que le Dom se trompe sur lui-même ! Il croit faire le bien, quand il écrase quelqu’un d’autre ! Il croit que triompher le mène dans la bonne voie ! Mais, si l’enfant de Lumière paraît aussi inapte à la vie, c’est que lui voit la souffrance avec plus de discernement ! Il n’est pas dans sa bulle ! Il n’est pas esclave de ses ambitions, d’où son atermoiement, son hésitation devant la complexité du monde ! d’où ses questions et son air absent ! On pourrait même dire que l’enfant de Lumière est en avance sur son temps ! Mais, en butte à la violence et au mépris des Doms, il n’est pas rare qu’il soit broyé ! Les Doms ne l’ont pas vu, ni écouté, tellement ils étaient à se marcher dessus !
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Le soleil se lève ronchon ce matin ! Il étire ses bras, bâille et dit : « Qu’est-ce que ça caille ici ! Bouh ! Qu’est-ce qu’il fait, le soleil ? Mais j’suis bête : c’est moi, le soleil ! C’est moi qui réchauffe ! Ouais, mais qui me réchauffe, moi, hein ? C’est toujours à moi de bosser ! Ouais, ouais, d’accord, on sort de l’hiver, où j’étais en vacances, en veilleuse ! Eh ! Mais c’est que j’ai droit moi aussi d’ souffler ! J’ai droit moi aussi à la « grasse » ! à des dimanches tranquilles, paresseux, peinards !
Bon, mais voilà l’ printemps ! Et allez donc, faut qu’ ça chauffe ! On a besoin de moi ! Les petites fleurs tremblantes dans l’ vent, elles crient : « Eh ! Soleil, on est là ! Verse ta lumière dans not’ calice ! Qu’on se gorge d’elle ! Qu’on fabrique du sucre !
_ Voilà ! Voilà ! Que j’ dis ! Et hop, j’ fais mon service ! Dès sept heurs, j’ suis sur le pont, jusqu’à huit, neuf heures ! J’ bosse, moi ! Et que j’envoie mes rayons ! J’ tends les bras toute la journée ! Tu parles d’une suée ! Mais bon, les petites fleurs, j adore ça ! C’est plein de couleurs et c’est si fragile ! Et puis, oh ! belle reconnaissance du ventre ! Les pétales grands ouverts ! On sent qu’on leur rend service !
Les p’tits oiseaux aussi, j’aime bien ! Avec le retour de la chaleur, ça pépie joyeusement ! Leur entrain fait plaisir à voir ! Tout ça pour s’accoupler et faire des petits ! J’adore visiter les nids, dire bonjour aux oisillons, en train de gueuler pour en avoir plus ! Quelle marmaille ! Quel boulot pour les parents ! Eh ! J’ai mon rôle à jouer ! Qui fait pulluler les insectes ? C’est bibi !
Mais y en a quand même qui s’en foutent ! qui m’ méprisent ! Qui ? Qui ? Attention, moi, j’ cafte pas ! J’ suis pour la paix des ménages ! Y s’ra pas dit que l’ soleil l’a ouverte ! Humm ! L’ soleil, il a une fermeture éclair sur la bouche ! Et là elle est fermée, close !
L’ soleil, il est pas du genre à médire ! Ça non ! Ceux qui veulent des ragots, des critiques à tout va, passez vot’ chemin ! L’ soleil bosse et s’occupe pas des autres ! C’pendant…, c’pendant, y a quand même de l’ingratitude en c’ monde ! Oh oui ! Mais bon, on passe là-d’ssus, non ? On est entre grandes personnes !
Tout d’ même, j’en ai un peu gros sur la patate ! Y a des choses qui m’ gênent, voilà ! J’éclaire tout ce qui existe…, mais tout ce qui existe dit pas merci ! Eh ! Eh ! Voilà la situation ! Des noms ? Vous voulez des noms ? Je parle sans rien dire ? Je me plains pour me faire plaisir ? C’est ça que vous suggérez ? Bon, alors, je vide mon sac ! Vous l’aurez voulu ! Les Doms ! Les Doms, voilà le problème !
Comment ? J’exagère ? Je suis d’un parti pris ? Qu’est-ce qu’il faut pas entendre ! Des exemples, vous voulez des exemples, des preuves ? J’ vais vous en donner, moi ! Comme vous le savez, la lumière est bienfaisante ! Elle est indispensable à la vie ! Bon ! J’ réchauffe les Doms, je leur redonne de la force, je fais monter en eux la sève, les hormones ! Ils sont plus beaux, ils veulent s’accoupler, ils sont plus tranquilles, plus heureux même ! J’ fais tout ça ! Les légumes, les fruits reviennent en force, etc.! Que de réjouissances !
Mais qu’est-ce qui arrive ? Est-ce que les Doms me remercient ? Est-ce qu’ils reprennent le sentiment de mon importance ? Est-ce qu’ils me louent ! Est-ce qu’ils sont plus doux entre eux ? Est-ce qu’ils polluent moins ? J’ t’en foutrais ! Y pensent qu’à eux ! Ils considèrent ma lumière comme un dû ! Y voient pas le miracle ! Y s’émerveillent pas d’ mon don ! Y voient pas l’ progrès qu’apporte le printemps ! Ils ont toujours l’nez dans l’ guidon, dans leurs problèmes, dans leur comptes et attention à ceux qui sont pas dans les règles, qui cotisent pas, qui s’amusent, qui apparemment ne travaillent pas ! Le Dom comptable est là ! Il note tout ! Sa haine est prête à bondir ! Car lui, il est exemplaire ! Il obéit aux lois ! Ce n’est pas un assisté ! Mais où est le cœur ? Où est mon exemple, ma gratuité, ma force, ma gentillesse, mon infinie bonté ?
Dans l’esprit du comptable ? dans son mépris pour le voisin ? dans son envie, sa lâcheté ? Diminue-ton ses ambitions, au profit de la patience ou de l’écoute ? Moi, j’ donne sans calculer et que fait le Dom : il mesure avec des yeux froids ! Merci, c’était l’ soleil, qui n’aurait pas dû s’ lever !
Ma pipe, elle est où ma pipe ? Marre ! Je bronze des Jean-foutre ! Ah ! L’odeur des géraniums, doucement caressés par ma chaleur ! Bande de gnomes, de blaireaux ! Calme-toi, soleil ! Manquerait plus que tu deviennes un Dom !
Dimanche prochain, ciel gris ! J’ veux voir les mômes doms pleurer ! Bah, j’ suis content quand les enfants rient ! Bon, bon, la prochaine fois j’ vous raconterai comment il m’est impossible de me faire une tartine au beurre ! »
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